Journal d'une femme de chambre

Cinéma, Drame
2 sur 5 étoiles
Journal d'une femme de chambre

Time Out dit

2 sur 5 étoiles

Après Jean Renoir en 1946 et Luis Buñuel en 1964, c’est au tour de Benoît Jacquot d’adapter le ‘Journal d’une femme de chambre’ d’Octave Mirbeau, roman publié en 1900. Si ce long métrage se révèle plus fidèle à l’histoire originelle que ne l’était la version licencieuse, cynique et fétichiste de Buñuel, il est également moins enthousiasmant, en dépit d'un casting plutôt réussi.

Célestine (Léa Seydoux), jeune et jolie femme de chambre parisienne – dotée d’une voix intérieure assez plaisante –, se retrouve à la campagne au service de monsieur Lanlaire (Hervé Pierre), vieux cochon néanmoins sympathique, et de Madame (Clotilde Mollet), une maîtresse rigide et frustrée. Elle s’éprend alors de l’énigmatique et impénétrable jardinier, Joseph (Vincent Lindon), et, sans surprise, finit par s’enfuir avec lui, décrétant mollement être prête à le suivre « jusqu’au crime ». La Célestine de Jacquot se veut ainsi délibérément plus fade et moins diabolique que celle de Buñuel – qui, par exemple, acceptait d’épouser le capitaine Mauger et de faire finalement condamner Joseph.

En oscillation permanente, les trente premières minutes du long métrage s’avèrent presque éreintantes ; les innombrables flash-backs nous égarent dans un récit fragmentaire et décousu, la caméra excessivement mobile donnerait presque la nausée, tandis que les musiques de fond parviennent à nous faire désirer le silence – cette arme redoutable des films précieux.

Constamment braquée sur Célestine, la caméra suit son actrice comme un homme suivrait une femme dans la rue, de dos, jusqu’à réussir à s’approcher le plus près possible de son visage fermé et de ses redoutables yeux baissés – ce qui est certes plutôt plaisant, mais n’apporte, en soi, rien de très nouveau après ‘Les Adieux à la reine’. Et, bien que Léa Seydoux ajoute incontestablement une épaisseur charnelle moderne à cette chronique sociale du XXe siècle, les apartés où transparaît son insolence ne sonnent pas toujours juste, et son langage altier à base de « pécores » et « troncher » s’accommode difficilement à l’époque du récit.

Malgré ses longueurs, ses effets cinématographiques un peu galvaudés (comme le zoom ou le fondu) et son manque de fantaisie, ce ‘Journal d’une femme de chambre’ morcelé préserve tout de même son pouvoir de dénonciation de la domesticité, de la servitude, du racisme et des ségrégations de classes – autant de thèmes qui ne ricochent que trop bien dans le monde actuel.

Publié :

Infos

Détails de la sortie

Date de sortie
mercredi 1 avril 2015
Durée
95 mins

Crédits

Réalisateur
Benoît Jacquot
Acteurs
Léa Seydoux
Vincent Lindon

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