La Maison de la radio

Cinéma, Documentaire
Recommandé
4 sur 5 étoiles
La Maison de la radio

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

La rotondité de la Maison de la radio a inspiré à Nicolas Philibert un angle d’approche cinématographique pour son film. Le documentariste nous invite en effet dans une formidable ronde, où l’on danse avec un partenaire avant de le quitter cinq minutes plus tard, sans aucune promesse de le retrouver. Joies du hasard, sensation de liberté, cycle éternellement recommencé qui rappelle également le principe du zapping radiophonique, une pratique assez courante pour tout auditeur qui se respecte. Mais si la vie est un cycle, elle a commencé par un Big Bang. Philibert prend donc soin d’ouvrir son film sur un chaos auditif, entremêlement de voix connues ou anonymes, d’où jaillira peu à peu la lumière. Très vite, une intimité s’installe, renforcée par l’exiguïté des pièces qui force le réalisateur à adopter des plans rapprochés, parfait complément à la chaleur qui se dégage des dialogues, que ce soit entre les invités et les animateurs, entre techniciens ou entre journalistes.

Voici donc le spectateur téléporté d’un lieu à un autre, passant d’une conférence de rédaction bouillonnante à une météo marine toujours aussi absconse, d’un jeune journaliste frais émoulu d’école au visage de poupin aux célèbres reporters de France Info sur le Tour de France, reconnus par des badauds qui leur proposent de rester boire un verre de vin. Cette dernière séquence symbolise bien l’incroyable popularité de Radio France, une « maison » qui pour beaucoup de Français continue d’occuper une fonction sociale très forte. Personnes âgées, habitants de régions enclavées, hommes et femmes solitaires ou voyageurs, nombreux sont ceux qui s’informent ou communiquent grâce aux ondes de la radio publique. L’architecture du bâtiment de la Maison de la radio s’est parfois vue reprocher son aspect clos sur elle-même, renfermée. Indéniablement, il y a un côté « vieille France » qui persiste dans ce lieu garant de traditions orales et écrites (car on écrit beaucoup à la radio, parfois encore au stylo plume), une façon de voir le monde à la fois dans et hors du temps, très attachante au final.

Car il faut le dire : le film regorge de moments extrêmement drôles et touchants, comme l’interview géniale d’un chasseur d’orages par Hervé Pauchon, ou encore la fabuleuse minute de solitude accordée par Rebecca Manzoni à Jean-Bernard Pouy, durant laquelle l’écrivain épluche et discourt sur des patates. Pas la peine d’être un auditeur chevronné d’Inter ou France Culture pour apprécier toutes ces vignettes successives, même si les habitués se régaleront en apercevant par exemple le glockenspiel qui sert à jouer les notes du compte à rebours du mythique "Jeu des mille euros". Si Philibert agit finalement moins en cinéaste qu’en entomologiste, épinglant dans ses boîtes de drôles d’insectes qui paraissent presque plus beaux une fois punaisés que volatiles, le résultat surpasse largement l’addition de ses parties pour se transformer en tableau vivant. Musique, voix, récit, bruit, dialogue, parole et silence, le documentaire déconstruit brillamment un maillage d’ondes, de lieux, de voix, qui sont comme les milliers de disques classiques qui entourent jour et nuit Frédéric Lodéon. On ne sait pas si on va s’en servir un jour, mais leur présence immuable est à jamais rassurante.

Infos

Détails de la sortie

Date de sortie
mercredi 3 avril 2013
Durée
103 mins

Crédits

Réalisateur
Nicolas Philibert
Scénariste
Nicolas Philibert