La Maman et la Putain

Cinéma, Drame
5 sur 5 étoiles
Les Films du Losange
Les Films du Losange

Time Out dit

5 sur 5 étoiles

En 1973, La Maman et la Putain reçoit le prix spécial du Jury au Festival de Cannes. Dans la salle, on crie au scandale. Un égosillement inutile puisque près de quarante ans plus tard, le long métrage mettant en scène les amours contrariées d’Alexandre, Marie et Veronika est toujours cité à comparaître au Panthéon des plus grands films français. Monument crépusculaire de la Nouvelle Vague, la Maman et la Putain n’est pourtant pas facile. Sur le papier, le chef-d’œuvre de Jean Eustache pourrait en endormir plus d’un : une pellicule en noir et blanc qui s’étire sur plus de trois heures trente, de longues tirades philosophico-descriptives et un casting replié sur trois protagonistes... Mais si les péripéties sentimentales d’Alexandre réclament une temporalité spécifique, c’est que cette expérience du temps est au cœur même du propos d’Eustache, et de son film d’errance. Il faut palper le temps, s’y engouffrer, y rester disponible. Pyramide de textes, les dialogues de La Maman et la Putain nous glissent dans un triangle amoureux, où les sentiments se heurtent à l’idéologie de la liberté sexuelle. Où baiser est devenu un mot d’ordre, une mode. Un commerce. Gueule de bois post-68.

Avec Alexandre, Eustache nous promène des cafés de Saint-Germain-des-Prés jusqu’aux draps froissés d’un petit appartement parisien. Il croise quelques amis, écoute de la musique. Lance des phrases savoureusement définitives : « En échange d’un soi-disant travail, des hommes acceptent de l’argent d’autres hommes. On peut tout demander à ceux qui acceptent de l’argent d’autres hommes, même de baisser leur pantalon » ou « Les films, ça sert à ça, à apprendre à vivre, à apprendre à faire un lit ». Torrent verbal, le film de Jean Eustache se joue ainsi au second degré : plutôt que de représenter une action, pourquoi ne pas représenter plutôt quelqu’un qui la raconte ? Rarement le pouvoir de la parole, son épaisseur, auront pris une telle place dans une démarche de cinéaste – ce dont témoignent également les impressionnants courts métrages ultérieurs, Une sale histoire ou Le Jardin des délices de Jérôme Bosch.

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