Le Clair de terre

Cinéma, Drame
Le Clair de terre

Long métrage réalisé par Guy Gilles. Avec Patrick Jouané et Edwige Feuillère.

Pierre est parisien et décide de partir pour Tunis. Il se retrouve ainsi là où il est né, là où est morte sa mère. On lui demande alors : « Quelles sont les choses dont vous rêvez le plus ? ». Une réponse : « Prendre le temps de s’arrêter, de respirer, et de regarder les fleurs » (ceux sont les mots d’Hervé Villard dans le film). Mais le problème est bien là. Comment faire quand il y a trop de chose à voir, à respirer, et pas assez de temps ? Reste à fuir pour se sauver de justesse du poids des temps ; ultime indice proustien (il réalise par ailleurs en 1971 Proust, l’art et la douleur). Les boursoufflures de montage (le découpage arythmique, l’accumulation d’image pour un même objet) apparaissent comme un trop plein du même instant. Comme s’il se passait toujours plus de chose que ce que pouvait suivre un regard, un esprit. Cette intensité des perceptions est ce qui agence tout le visualisme (plutôt qu’esthétisme) de Guy Gilles. Il transforme les choses vues en poème. Il trouve la vérité dans cet agencement-là. Il sera d’ailleurs mis à l’écart par la Nouvelle Vague pour rester ainsi sur un penchant si sensible. Pourtant il n’omet jamais le réel tel qu’il est (il travaille ici avec des optiques qui respecte la vision réelle). Il faut s’arrêter, à une fenêtre et prendre le temps des regards. Sans pour autant prendre le risque d’oublier que le temps passe, que les choses vieillissent et disparaissent. Même si cela doit devenir une maladie qui nous ronge. Puis voyager, sans cesse. Et ainsi rester l’homme de nulle part, de nul temps. Et survivre.

Par Gildas Madelénat

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