Les Cowboys

Cinéma, Drame
4 sur 5 étoiles
Les Cowboys

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Un premier film qui se réapproprie les codes du western, porté par de superbes acteurs.

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Le masochisme nous perdra. Quelle idée aussi d’aller voir, quelques jours après que des fous furieux ont confondu une salle de concerts parisienne avec une zone de guerre, un film qui traite de façon sous-jacente le départ pour le djihad et les attentats les plus marquants d’Al-Qaïda ? Autant se rendre tout de suite dans le désert avec pour seuls accessoires de survie un couteau suisse et un album de death metal. Et pourtant, à la sortie de la projection, une étrange sensation vient adoucir le vacarme de nos pensées : l’esprit se fait plus léger, le corps se relâche et on se surprend à sourire. Etonnant, non ? Pas tellement.

'Les Cowboys', premier long métrage de Thomas Bidegain, connu pour avoir co-scénarisé plusieurs films de Jacques Audiard ('Un Prophète', 'De rouille et d’os'), épouse en réalité la forme d’un western, bien entendu modernisé, où la « prisonnière du désert » est ici Kelly, jeune fille d’Alain (François Damiens) qui disparaît lors d’un rassemblement country en pleine campagne, pour aller faire le djihad. Ce père va alors tout faire pour la retrouver, quitte à sombrer dans la folie et à embarquer son fils Kid (Finnegan Oldfield) dans un voyage sans fin à travers la France, la Belgique et les pays du Moyen Orient, au risque de sacrifier sa jeunesse. De fait, Kid ne cessera d'en payer le prix dans ses choix futurs.

D’ambition, 'Les Cowboys' n’en manque pas. Par sa longue couverture, d’abord : quinze ans en 1h45, où s’entremêlent évolution des personnages et changements drastiques de civilisation par le jeu de tragiques événements. Par ses plans, ensuite : tourné en cinémascope, le film en met plein la vue. Lumière splendide, paysages sublimes et décors qui n’en paraissent pas, Bidegain se réapproprie les codes du western à sa façon et transcrit parfaitement à l’écran une aventure de cowboys modernes, partis chercher une fille enlevée par de drôles d’Indiens. Par sa musique, aussi, composée par le chanteur Raphael et qui colle si bien aux différentes ambiances du film. Et que dire de l’interprétation de François Damiens, bouleversant en père obsédé à l’idée de retrouver son enfant, et de celle de Finnegan Oldfield, troublant et électrisant en gamin paumé et ayant grandi trop vite dans un monde qui se délite. Petite mention spéciale à John C. Reilly, qui se paye le luxe d’une petite intervention ô combien jubilatoire.

'Les Cowboys' ne raconte finalement que les pérégrinations de personnes simples emportées par la folie du monde. Certains lui reprocheront de ne pas analyser en profondeur le phénomène de la radicalisation, n’offrant ainsi aucune solution ou ne prenant finalement aucun parti. L’histoire peut aussi sembler s’effilocher et perdre petit à petit sa substance d’origine. Mais lorsqu’on se fait happer par cette touchante quête et cette fresque des relations humaines, ces détails semblent bien futiles. Un peu d’aventure(s) ne peut pas faire de mal au cinéma français.

Par Matthieu Petit

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Infos

Détails de la sortie

Date de sortie
mercredi 25 novembre 2015
Durée
104 mins

Crédits