Les Suffragettes

Cinéma
Recommandé
4 sur 5 étoiles
Les Suffragettes

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Un pan de l'histoire méconnu traité avec humanisme et porté par une Carey Mulligan bouleversante.

Contrairement à la rengaine de Brassens, on ne meurt pas forcément de mort lente pour des idées. Pour autant, se consacrer entièrement à une cause qui dépasse notre cadre de vie et nos habitudes ; s’engager corps et âme dans un combat total et non ordinaire ne se fait pas, comme Rome, en un jour. Le glissement progressif s’effectue souvent dans les larmes et parfois dans le sang, au prix de sacrifices inouïs souvent relégués au second plan à l’heure de regarder le chemin parcouru. Et que trouve-t-on sur ce sentier battu ? Des humains. Cela, la réalisatrice Sarah Gavron et la scénariste Abi Morgan l’ont bien compris et l’ont parfaitement intégré à leur film. Comment ? En centrant leur vision de l’histoire des suffragettes, ces femmes qui se sont battues pour le droit de vote de leurs congénères dans la vieille Albion d’avant-guerre, sur un personnage principal. Pendant tout le film, on vit en effet cette avancée historique et ces changements à travers les (beaux) yeux de Maud (Carey Mulligan).

Blanchisseuse depuis qu’elle sait se servir de ses mains, elle n’a pourtant rien d’une rebelle. Mariée à Sonny (Ben Whishaw) et mère d’un petit garçon, Maud tente simplement de survivre dans un environnement certes difficile, mais dans lequel sa famille évolue depuis que le monde est monde. A peine a-t-elle eu vent du mouvement des suffragettes, le jour où elle assiste à un acte de vandalisme orchestré par ces dernières. Moquées dans toute l’Angleterre, mais de plus en plus prises au sérieux par les autorités du fait de leur radicalisation progressive décidée par leur leader Emmeline Pankhurst (Meryl Streep, qui n’apparaît que pour une scène, mais de quelle manière !), elles cherchent à rallier toutes les femmes de la région à leur cause pour obtenir le droit de vote.

Très vite, tout s’enchaîne pour Maud, des réunions secrètes dans la petite pharmacie tenue par Edith (Helena Bonham Carter, magnétique) à un discours devant le ministre des Finances de l’époque. Mais tout cela est-il vraiment fait pour elle ? Peut-elle, au vu de sa situation, se retrouver à embrasser une cause aussi importante et symbolique sans remettre en cause son mariage et son rôle strict de mère au foyer imposé par une société qui la rejette en tant que femme citoyenne ? Le tourbillon est lancé et plus rien ne semble pouvoir l’arrêter, ni son mari, ni une police zélée ou un gouvernement sourd à ses revendications.

En s’appuyant sur le traitement humain d’un grand pan de l’histoire et sur une réalisation coup de poing (caméra à l’épaule, montage rapide et saccadé), Sarah Gavron parvient à toucher le spectateur en plein cœur sans tomber dans le côté « donneur de leçons » et sans perdre de vue l’impact de l’action de ces femmes sur la société actuelle. On voit Maud se battre avec elle-même en permanence, tiraillée entre sa condition de femme et ses convictions naissantes. Sa transformation, de passages en prison en violences policières et en sabotages divers et variés, s’opère avec heurt et fracas, si bien que sa métamorphose en impressionnera plus d’un, y compris ses congénères. Bouleversante et intense, Carey Mulligan crève l’écran.

La réalisatrice évite également les clichés d’un manichéisme homme/femme avec les rôles de Sonny, insensible à la cause des suffragettes mais mort d’inquiétude pour son épouse, et surtout celui du policier irlandais Arthur Steed (Brendan Gleeson, bluffant), impitoyable dans ses tactiques pour capturer ces femmes, mais terriblement humain dans sa tentative de compréhension et résigné dans cette société rigide.

Relativement court pour le genre (1h45), 'Les Suffragettes' vise juste et frappe fort malgré ses légers défauts, dus à une réalisation parfois trop fougueuse et légèrement maladroite. Loin de la déshumanisation des figures historiques, il insiste sur ces petites mains qui ont sacrifié leur vie de famille, leur travail et les gens qu’elles aimaient pour embrasser une cause de liberté. Celle du droit pour les femmes à exprimer leurs convictions dans un monde d’hommes, en sortant de ce carcan imposé depuis toujours. Car, comme le dit Emmeline Pankhurst :  « Better to be a rebel than a slave. »

Publié :

Infos

Détails de la sortie

Date de sortie
mercredi 11 novembre 2015
Durée
106 mins

Crédits

Réalisateur
Sarah Gavron
Scénariste
Abi Morgan
Acteurs
Helena Bonham Carter
Meryl Streep
Carey Mulligan