Love & Mercy

Cinéma, Drame
Recommandé
3 sur 5 étoiles
Love & Mercy

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

Une oreille en gros plan. Une fois n’est pas coutume, un film ne s’ouvre pas sur un œil, mais bien sur l’organe de l’ouïe, ce sens que Brian Wilson a pourtant perdu à moitié à cause des maltraitances de son père. Sourd d’une oreille à 90 %, comme Beethoven. La comparaison avec le compositeur allemand ne s’arrête pas là : Abel Gance avait déjà montré au cinéma la façon qu’avait Beethoven de retranscrire en musique le fracas du monde autour de lui. Ici, c’est Brian Wilson qui formalise directement dans son esprit la réalité extérieure en notes de musique intérieures. Des « voix », qu’il entendrait. C’est le sens de la scène où le leader des Beach Boys joue pour sa future femme Belinda quelques accords au piano, la mélodie qu’il a entendue en la voyant.

Ce génie, cette oreille absolue, permettra à Brian Wilson de mener les Beach Boys vers des firmaments pop durant les années 1960, que ce soit avec les tubes surf des débuts ou le chef-d’œuvre ‘Pet Sounds’, sur la fabrication duquel ‘Love & Mercy’ s’attarde longtemps. Mais les voix intérieures du Californien possèdent un sombre revers : Brian Wilson serait-il schizophrène ? Le psychiatre Eugene Landy le pense. Après une grave dépression, Brian Wilson tombe donc sous la coupe de ce « docteur » crapuleux et manipulateur, bad guy de l’histoire (joué à la perfection par Paul Giamatti) qui profite du manque de confiance du musicien pour maintenir un contrôle totalitaire sur sa vie, après l’avoir dans un premier temps sorti de sa réclusion et de son addiction aux drogues.

Afin d’éviter l’aspect linéaire classique des biopics, un écueil qui trop souvent plombe le genre au cinéma, le réalisateur Bill Pohlad a souhaité construire son film en aller-retour entre la période faste des sixties filmée sous filtre Instagram et celle plus lisse de la fin des années 1970 début des années 1980, durant laquelle Wilson est contrôlé par Landy. Pourtant, ce que Bourdieu appelait « l’illusion biographique » persiste et signe : Pohlad met en relation deux périodes comme si la seconde se trouvait en germe dans la première, le tout entrecoupé de flashs freudiens tirés de la petite enfance. Or, même si Brian Wilson est probablement déjà malade durant ses années de jeune adulte, il manque en réalité le moment où tout bascule, ces années de déglingue progressive où le mantra « family first » se transforme en prison dorée.

Il est vrai que ‘Love & Mercy’ insiste sur ces faits majeurs : les jalousies familiales, le père odieux, le décalage frustrant entre les ambitions artistiques de Brian Wilson et l’image adolescente de la pop aux Etats-Unis, le début de l’addiction aux drogues. Car il faut le dire : même si elles font partie du mythe rock ’n’ roll, les drogues ont plus brisé de génies qu’elles n’en ont révélé. Ce n’est pas Syd Barrett qui dirait le contraire. S’il est toujours intéressant de visualiser un génie en pleine création et de réécouter les Beach Boys, notamment ‘Pet Sounds’, difficile de voir dans le film un véritable essai sur la pop. Trop de passages sont soulignés un peu grassement, renvoyant les acteurs et le scénario à une pantomime de l’histoire du rock. Ainsi, le mimétisme (assez réussi, il faut le dire) entre le comédien Paul Dano et Brian Wilson peut à la fois être vu comme une belle performance ou comme une soumission triste de la fiction à la réalité biographique.

Publié :

Infos

Détails de la sortie

Date de sortie
mercredi 1 juillet 2015
Durée
120 mins

Crédits

Réalisateur
Bill Pohlad
Acteurs
Elizabeth Banks
John Cusack
Paul Dano
Paul Giamatti