Mountains May Depart

Cinéma, Drame
5 sur 5 étoiles
Mountains May Depart

Time Out dit

5 sur 5 étoiles

Faisant suite à la colère jouissive, comique et contemporaine de ’A Touch of sin’, ce nouveau film de Jia Zhang-ke apparaît comme son complément formel, son double inversé : embrassant cette fois la course du temps sur trois époques et une trentaine d’années, ‘Mountains my depart’ se teinte, au fur et à mesure, d’une mélancolie non seulement individuelle, mais aussi collective, générationnelle, culturelle.

Le récit débute en 1999. À l’aube du XXIe siècle, un triangle amoureux se dessine entre une jeune femme et deux hommes. Mais on est loin de 'Jules et Jim'... Écartelée entre le premier de ces prétendants, Lianzi, ouvrier doux et réservé, et le second, Zang, jeune affairiste profitant des opportunités du capitalisme émergeant en Chine, Tao – l’héroïne interprétée par la muse et compagne du cinéaste, Zhao Tao – va devoir faire un choix. De celui-ci naîtra un enfant, bientôt baptisé Dollar. On vous laisse deviner lequel des deux hommes en est le père.

De nos jours, en 2014. Divorcée, Tao retrouve l’autre de ses prétendants au hasard de circonstances amères, douloureuses. Et en 2025, c’est son fils, Dollar, qui prendra la relève de la narration du film, dans un  monde moins futuriste ou science-fictionnel que mondialisé et océanique. Bien sûr, il y a de l’émotion dans ‘Mountains may depart’, mais aussi beaucoup d’humour, de distance, de grincements. Sans jamais sombrer dans le cynisme ou la nostalgie.

« Les montagnes pourraient disparaître ». Oui. Même elles. Comme les repères sentimentaux ou familiaux, comme les histoires collectives, les hymnes communs, les chants intérieurs, plongés dans un univers virtuel et globalisé. Avec le temps, va, tout s’en va, et les personnages se perdent, se retrouvent parfois. Et les identités vascillent, les souvenirs se disolvent dans la nuit.

Avec sa narration éclatée, délibérément lacunaire, Jia Zhang-ke dresse le portrait d’un monde en état instable, nous renvoyant in fine à ce que nous représentons tout bêtement en tant qu’êtres contemporains : des singularités inquiètes en quête de reconnaissance et d’amour, d’éphémères courroies de transmission entre deux générations qui se perdront dans la bascule des siècles. Des particules élémentaires. Un grand film sur l’époque, sur la Chine comme témoin du monde. Et l’œuvre d’un cinéaste qui continue de s’affirmer comme l’un de nos très grands contemporains.

Infos

Détails de la sortie

Durée
120 mins

Crédits

Réalisateur
Jia Zhangke
Scénariste
Jia Zhangke
Acteurs
Tao Zhao
Liang Jingdong
Zhang Yi