Paula

Cinéma, Drame
3 sur 5 étoiles
Paula

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

Un portrait féministe et sensible de l'artiste allemande Paula Modersohn-Becker.

« Une femme ne peut pas être peintre », « les femmes ne sont en rien créatives, hormis pour faire des enfants »… Au cours de sa trop brève existence, l’artiste allemande Paula Modersohn-Becker (1876-1907) en aura entendu des vertes et des pas mûres ! Pourtant à l’avant-garde du mouvement expressionniste dans son pays, la peintre aura dû affronter le machisme rétrograde des milieux artistiques allemands, et s’exiler à Paris pour enfin pouvoir s’exprimer. En lui rendant hommage, ce film de Christian Schwochow revient sur le parcours de cette artiste libre, indépendante… et encore injustement méconnue.

Mise en lumière l’an dernier, pour la première fois en France, par une exposition du musée d’Art moderne de la ville de Paris, Paula Modersohn-Becker a su développer un style pictural très personnel, à contre-courant de la doxa de son milieu, se rapprochant tour à tour du fauvisme, de Cézanne, Van Gogh et Gauguin – voire, par moments, du cubisme et des africanismes d’un Picasso. Pourtant, la jeune femme n’a cessé de se heurter au conservatisme de son milieu d’origine, malgré le soutien de sa camarade Clara Westhoff et du futur époux de celle-ci, le poète Rainer Maria Rilke.

Fuyant la mentalité étriquée de son milieu provincial et de son propre mari, Otto Modersohn, également peintre mais sans la fougue de sa compagne (ce qui ne manque pas de titiller sa jalousie), Paula Becker rejoindra bientôt Clara Westhoff et Rilke dans le Paris bouillonnant de la fin du XIXe siècle – avant de mourir prématurément, de retour en Allemagne, des suites d’un accouchement difficile à l’âge de 31 ans.

Voilà qui mérite d’être remarqué : pour une fois, un biopic s’attache à une figure méconnue, que seuls quelques documentaires (majoritairement allemands) avaient pour l’instant abordée. Or, l’intérêt est ici double. D’une part, le film de Christian Schwochow nous permet de découvrir la vie et l’œuvre de cette artiste audacieuse et courageuse. Mais surtout, il se double d’un discours sur l’inattendue étroitesse d’esprit des milieux artistiques de l’époque, encore plus conservateurs et misogynes qu’on pouvait l’imaginer – ce qui ne manque pas, évidemment aussi, d’interroger notre propre temps dans son rapport au féminisme.

Malgré la facture de sa réalisation, aussi classique que classieuse (le film fait davantage penser au joli ‘Séraphine’ de Martin Provost qu’à l’austère ‘Camille Claudel 1915’ de Bruno Dumont ou au génial ‘Edvard Munch, la danse de la vie’ de Peter Watkins), ‘Paula’ mérite tout de même bien plus qu’un coup d’œil distrait. Portrait d’une pionnière qui défia les normes et les diktats masculins de son époque, le long métrage de Christian Schwochow, porté par une Carla Juri impeccable dans le rôle-titre, ne manque en effet clairement pas d’échos contemporains. Girl Power ? Bien plus que ça, en fait…

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