Suburra

Cinéma, Thriller
3 sur 5 étoiles
Suburra

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

Un bon film de mafia italienne mais qui ne convaincra pas les réticents du genre.

De quoi avez-vous besoin pour réaliser un film sur la mafia italienne ? Voici la recette : prenez des personnages sulfureux de tous bords (politique, quartiers difficiles, religieux) et mélangez-les dans une grande casserole (Rome). Emincez le tout avec des dialogues à base de gros mots, de poings ou de flingues, saupoudrez de quelques belles femmes, rajoutez une musique électro, une esthétique soignée et vous voilà prêt à déguster. Si cette recette paraît caricaturale, force est de constater qu'elle correspond parfaitement à 'Suburra', réalisé par Stefano Sollima, déjà chef étoilé en la matière avec les séries 'Romanzo Criminale' et 'Gomorra'.

Adapté du roman du même nom, 'Suburra' nous plonge dans une Rome contemporaine (2011) rongée par la corruption et les règlements de compte entre bandes organisées. Des tziganes et leur chef Manfredi Anacleti (Adamo Dionisi) aux mafieux de la première époque tenus d’une main de fer par le Samurai (Claudio Amendola), en passant par Malgradi, politicien véreux sensible aux charmes dénudés des femmes (Pierfrancesco Favino) jusqu’au cœur du Vatican : personne n’est blanc comme neige et la pluie qui s’abat sans discontinuer (ou presque) sur la ville accompagne les tractations d’un gigantesque projet immobilier dans lequel chaque partie précédemment citée trouve des intérêts. Cependant, en sept jours d’événements rocambolesques, la mécanique va s’enrayer jusqu’à un climax final savamment bien orchestré.

Sur le plan de la technique pure, pas grand-chose à reprocher à 'Suburra' : Stefano Sollima connaît son sujet par cœur et les plans de cette angoissante Rome, de cette violence infernale et nocturne en mettent plein la vue. Des petits arrangements entre « amis » en travelling aux poursuites caméra à l’épaule (sur la musique de M83), notre rétine ne se plaint à aucun moment. Les acteurs, dirigés de main de maître, en imposent et portent merveilleusement ce récit rocambolesque. Mention spéciale à Elio Germano et à Greta Scarano, bombe fragile se mutant progressivement en vénéneuse criminelle.

Si le scénario est maîtrisé et ses ressorts parfaitement exploités, on émettra des réserves au niveau de son organisation : sept jours contés de façon trop saccadée, avec une désagréable impression de migraine devant tant d’histoires entremêlées et certaines scènes pas franchement nécessaires, faisant plus office de remplissage visuel qu’autre chose. Une des conséquences de l’écriture de série télévisuelle ? En outre, bien que formidablement interprétés, les personnages tombent parfois dans le cliché, entre le « parrain » de l’organisation et la prostituée un peu paumée qui se retrouve dépassée par les événements. On ne s'appesantira pas non plus sur Alessandro Borghi et son « numéro 8 » bourrin et assez creux. Toutefois, saluons la non-complaisance de Stefano Sollima envers eux, n’approuvant pas leur choix et les confrontant de plein fouet aux conséquences de leurs actes.

'Suburra' ne révolutionnera pas le genre du polar sur la mafia italienne (il n’en a pas la prétention) et ne convaincra probablement pas les non-initiés. En revanche, il se laisse regarder avec plaisir et ravira les amateurs de langue italienne et des répliques définitives. Un bon film de genre, sans plus. C’est déjà pas mal, non ?

Par Matthieu Petit

Publié :

Infos

Détails de la sortie

Date de sortie
mercredi 9 décembre 2015
Durée
130 mins

Crédits

Réalisateur
Stefano Sollima
Scénariste
Giancarlo De Cataldo
Acteurs
Greta Scarano
Pierfrancesco Favino
Jean-Hugues Anglade