Sunhi

Cinéma
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4 sur 5 étoiles
Sunhi

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Voir le nouveau film de Hong Sang-soo, 'Sunhi', c’est faire l’expérience d’une impression de déjà-vu dans toute sa splendeur. Parce que les films du réalisateur sud-coréen font non seulement référence à son œuvre antérieure, mais ils ne cessent également de renvoyer à eux-mêmes à travers des dialogues, des situations, de la musique diégétique (qui fait partie de l’action du film et que les personnages entendent), qui se ressemblent et se répètent à l’envi. Semblable à cette sensation de déjà-vu, dont on ne sait pas si elle s’ancre dans la réalité ou si c’est notre cerveau qui nous joue des tours, 'Sunhi' voit ses personnages évoluer dans un monde étrange, un songe cyclique où la fatalité les pousse à agir dans un sens plutôt que dans un autre. Trois hommes se débattent autour d’une jeune étudiante en cinéma, Sunhi, qui leur échappe et les fascine d’autant plus qu’elle apparaît fade et sans intérêt.

A la fois désireuse d’obtenir une lettre de recommandation d’un professeur qui tombe amoureux d’elle, muse de son ex-petit ami, objet de convoitise d’un troisième larron, ami des deux autres, Sunhi cherche dans le regard des hommes sa propre définition. Cette fameuse lettre, écrite dans un premier temps de façon honnête, va donner les mots pour décrire Sunhi : elle est « réservée, gentille, courageuse, un peu bizarre, mais avec un sens artistique ». C’est désormais autour de ces mots que le film va tourner, tout comme il s’articule autour des conseils que le professeur avait donnés à Sunhi au début du film, tels que « creuser tout au fond des choses », « trouver ses limites » et « découvrir qui tu es », autant de formules creuses que le réalisateur met dans toutes les bouches, sans qu’on sache finalement d’où elles viennent.

Chez Hong Sang-soo, les mots fondent le cinéma et habitent les personnages, qui les véhiculent sans vraiment les comprendre, les répètent à la manière de mantras réconfortants. Le réalisateur explique s’être inspiré pour cela de sa propre expérience : « Parfois, des étudiants ou des jeunes collègues me demandent des conseils et je leur dis quelques mots avec réticence. Un jour, j’ai entendu un collègue plus jeune donnant à d’autres les conseils que je lui avais faits, comme s’il s’agissait de ses propres pensées. Les gens sont avides de conseils face à l’incertitude ou la confusion dans la vie, […] j’avais l’impression que ces soi-disant conseils pouvaient être passés de bouche en bouche par ceux qui étaient prêts à les distribuer comme s’ils étaient des produits manufacturés. » 

Moins émouvant et subtil que le précédent 'Haewon et les hommes', 'Sunhi' n’en reste pas moins un film agréable, touché par des notes d’humour fulgurantes et des plans-séquences toujours aussi singuliers. Pas de champs et contre-champs artificiels, ici la caméra épouse le cadre dans sa globalité ou laisse le spectateur sur sa faim. On regarde les protagonistes de trois-quarts et de profil, une invitation à la contemplation davantage qu’un appel à faire partie de l’action. Le spectateur entre ainsi en résonance avec les personnages, puisqu’ils ne font que discuter de leurs actes possibles sans jamais franchir le pas. Ce n’est pas un hasard si le film se termine sur de beaux plans d’un temple bouddhiste.

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