Timbuktu

Cinéma, Drame
4 sur 5 étoiles
Timbuktu

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Malgré la complexité et la contemporanéité de son thème politique (l’occupation de la ville de Tombouctou par des troupes de mercenaires djihadistes), Abderrahmane Sissako parvient à trouver un ton inattendu et étonnamment équilibré, à la fois gracile et profond. Avec humour et délicatesse, c’est en effet par l’absurde que le cinéaste mauritanien traite la violence quotidienne du régime de terreur instauré par les extrémistes religieux. Absurdité des règles imposées, où musique ou football se voient interdits, où les femmes se retrouvent à devoir cacher leurs mains sous peine de se les faire couper. Absurdité aussi, mais presque comique cette fois-ci, d’une interdiction du tabac, alors que le chef des djihadistes se cache en permanence pour fumer ses clopes. Ou encore absurdité fondamentale d’un détournement de l’Islam au profit d’un régime d’oppression, usant du religieux comme pure contrainte idéologique et politique.

Surtout, la grande force de ‘Timbuktu’ est de ne jamais aborder la violence de front, sur un ton de dénonciation militant, mais toujours de biais, de façon oblique, à travers un regard extérieur, ou un plan de coupe détournant souverainement le regard de scènes qui, tournées par un autre, auraient vite pu virer à l’insoutenable. Ainsi, cette occupation de Tombouctou, thème central du film, n’apparaît finalement qu’au second plan, tandis que le film semble suivre le quotidien de Kidane (Ibrahim Ahmed), un paisible bédouin vivant à l’écart de la ville avec sa femme Satima (Toulou Kiki), leur fille Toya (Layla Walet Mohamed) et son ami Issan (Mehdi AG Mohamed), jeune berger d’une dizaine d’années.

Remarquablement servi par ses acteurs non professionnels, ‘Timbuktu’ parvient à instaurer un climat à la fois menaçant et serein, contemplatif et inquiet, parsemé de scènes d’une densité qui laisse sans voix. Ici, telle jeune femme, condamnée à la torture pour avoir chanté chez elle avec des amis, se met à psalmodier une mélodie, majestueuse et insoumise, sous les coups de fouets de ses bourreaux. Là, de jeunes garçons jouent au football avec un ballon imaginaire – qui rappelle sans mal la fabuleuse partie de tennis finale du ‘Blow-Up’ d’Antonioni. Ailleurs, une jeune recrue djihadiste évoque son ancienne passion pour le hip-hop sans véritablement réussir à s’en détacher. Ou encore, tel autre mercenaire se met à danser une transe méditative et spectrale, pour ne pas avoir à participer à une séance de lapidation… Affleurant à l’improviste dans un récit ouvert, ces moments de grâce suffisent à faire de ‘Timbuktu’ un film hanté. Et hantant. A l’heure où les médias font leur beurre sur les apprentis terroristes recrutés sur Facebook, le film d’Abderrahmane Sissako tombe donc à point nommé pour rappeler avec justesse l’absurdité du fondamentalisme. Au fond, banale instrumentalisation par la violence d’un désespoir politique.

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Infos

Détails de la sortie

Durée
0 min

Crédits

Réalisateur
Abderrahmane Sissako
Scénariste
Abderrahmane Sissako
Acteurs
Abel Jafri
Hichem Yacoubi
Kettly Noël

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