Un sort pour éloigner les ténèbres

Cinéma
5 sur 5 étoiles
Un sort pour éloigner les ténèbres

Time Out dit

5 sur 5 étoiles

Derrière son titre énigmatique et ses airs de triptyque arty élaboré à quatre mains, le film de Ben Russell et Ben Rivers (dont on a récemment mesuré le talent dans ‘Two Years at Sea’) s’avère bien plus accessible que prévu. Contemplatif sans verser dans l’autisme d’auteur, ‘Un sort’ prend en fait rapidement des airs d’‘Into the Wild’ lo-fi, sans violons ni grandiloquence, mettant simplement en scène l’Homme et la nature.

Pour nous, le voyage commence en Estonie, face à un grand lac entouré de végétation dont un lent mouvement de caméra fait découvrir les contours et l’étendue. Comme une courte séance d’hypnose avant la rencontre avec une communauté vivant en pleine nature. Bien éduqués, drôles et libres – et ainsi très éloignés de l’archétype de l’homme des bois –, ces jeunes gens et leurs enfants évoquent, si ce n’est le mythe des origines, un groupe de survivants d’une Apocalypse (morale ? intellectuelle ?) qui aurait en fait déjà eu lieu. Mais une société tout de même, dont un personnage (qu’on découvre) principal décide de s’extraire.

Si chaque partie du triptyque répond à une problématique propre, tous les thèmes restent imbriqués. Ainsi, le premier volet traite de la vie en communauté et de philosophie, avant l’aventure érémitique de son héros en Finlande, qui paraît dévoiler toute une mystique de la matière, tant les caméras vont « fouiller » la nature et ses recoins, en extrayant des textures et des couleurs. Ce sont donc moins la force et les faiblesses de l’humain face à la nature, la confrontation avec celle-ci qui semblent intéresser Russell et Rivers, que les aspects organiques communs aux deux. Jusqu’au dernier volet du triptyque, présentant un concert de black metal en Norvège (avec notre protagoniste pour chanteur-guitariste), où bizarrement la solitude se fait le plus ressentir, où l’animal présent en l’homme ressort pleinement. Et plus qu’un sort, ces 5 titres évoquent une bataille, voire un exorcisme, répondant parfaitement à la rudesse entrevue dans la vie sauvage.

Tour à tour documentaire, fiction et installation d’art contemporain, ‘Un sort’ n’en finit pas de questionner, autant sur sa forme que sur la profondeur insondable des thèmes. Alors on préfère se laisser guider par la simplicité de son dispositif, par son caractère éminemment sensuel et émotionnel, qui fondent son rapport au temps et à la durée. Et surtout apprécier son caractère unique et novateur, si rare au cinéma.

Publié :

Infos

Détails de la sortie

Durée
98 mins

Crédits

Réalisateur
Ben Rivers, Ben Russell
Scénariste
Ben Rivers, Ben Russell