Une femme douce

Cinéma, Drame
3 sur 5 étoiles
Une femme douce

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

Une plongée délirante et flippante au cœur de la Russie

C’est sûr, Sergueï Loznitsa n’est pas l’un des cinéastes actuels les plus « faciles ». Et parmi ses compatriotes russes contemporains – dont les excellents mais pas forcément hilarants Aleksandr Sokourov, Pavel Lounguine et Andrey Zvyagintsev –, il peut même faire figure d’artiste austère (voir ses précédents ‘My Joy’ ou ‘Dans la brume’, ou même ses documentaires, pour s’en convaincre). Avec ‘Une femme douce’, il parvient à rendre plus accessible son cinéma, en perpétuel équilibre entre réalité et fiction.

On suit ainsi une femme qui tente tout pour faire parvenir un colis à son mari, incarcéré à tort. Très vite, les engrenages de l’absurdité carcérale se mettent en branle, et c’est toute la Russie qui finit par ressembler à une prison à ciel ouvert, où tout le monde survit entre deux éclats de violence. Loznitsa nous plonge alors au cœur du cœur d’un pays dont lui-même semble avoir peur. A commencer par ses habitants tour à tour fous, truculents, ivrognes – ou les trois à la fois. Se dessine progressivement un « territoire à la fois géographique et mental » (dixit Loznitsa), où la seule personne à peu près saine d’esprit reste cette femme douce qui ne sourit jamais, ce visage inoubliable de Vasilina Makovtseva, elle-même spectatrice de la déchéance de son pays.

Bien loin de la carte postale moscovite, une nuée de sans-dents se débat, picole, rit, pleure, chante et meurt. Et le réalisateur de capturer cette âme russe bien terrestre et souffrante, jusque dans une scène (presque) finale où le merveilleux vient se glisser, rappelant le défilé de mode ecclésiastique du ‘Roma’ de Fellini. Avant plus de souffrance et d’absurdité. Et plus de folie russe, pas forcément douce.

Infos

Détails de la sortie

Crédits

Réalisateur
Sergei Loznitsa
Scénariste
Sergei Loznitsa
Acteurs
Valeriu Andriuta
Vasilina Makovtseva
Lia Akhedzhakova
Sergei Kolesov

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