Youth

Cinéma, Drame
3 sur 5 étoiles
Youth

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

Le dernier film de Paolo Sorrentino est beau, presque trop. Un tel jugement sonnerait outrecuidant dans un monde où la beauté se définirait simplement, mais aujourd’hui rien n’est simple, encore moins au cinéma où la virtuosité technique prend vite des airs de suffisance. Certains interpréteront uniquement le film comme une succession de tableaux splendides et un peu racoleurs, de considérations intelligentes bien qu’égocentriques autour de la vieillesse et de la place de l’artiste. Un miroir dans lequel Sorrentino rit de se voir si beau. Ces remarques toucheraient sans doute juste s’il n’y avait pas autre chose à l’intérieur de ‘Youth’, une sensibilité finalement plus sobre qu’il n’y paraît, et surtout beaucoup d’humour. C’est donc sous le signe d’une ambivalence aiguë que cette œuvre présentée à Cannes en 2015 doit être appréciée.

Sous cet angle, le tandem complémentaire incarné par Harvey Keitel et Michael Caine, deux amis artistes aux voies opposées, l’un continuant de faire des films, l’autre ayant arrêté sa carrière de maestro, fonctionne à merveille quand il joue sur le ton de la comédie, alors qu’il agace lorsqu’il prend un tour plus métaphysique. Il est vrai que ces deux vieux façon 'Muppet Show' ne sont pas avares en aphorismes sur la vie, qu’ils déclament aussi sûrement qu’un dictionnaire de citations, le scénario du film lui-même pouvant se lire comme l’adage paradoxal « la jeunesse, ce sont les vieux qui en parlent le mieux ». A cet égard, ‘Youth’ livre quelques portraits surréalistes assez amusants, à l’image d’un Maradona en fin de vie ou d’un vieux couple qui ne se parle visiblement jamais, objet d’un pari marrant entre Harvey Keitel et Michael Caine.

Les errements artistiques du premier, la peur de vieillir du second, autant d’intrigues classiques qui ne servent finalement que de prétexte à Sorrentino pour évoquer les rapports humains fondamentaux, ceux entre un père et une fille, entre deux amis, entre un mentor et un élève. C’est dans ces interstices que ‘Youth’ révèle des qualités, où l’émotion passe toujours par un moyen détourné. Aussi apprenons-nous pourquoi Michael Caine refuse de conduire sa plus fameuse symphonie devant la reine d’Angleterre à travers les larmes de sa fille en gros plan. De même, le spectateur comprendra soudain la teneur exacte de l’amitié entre Caine et Keitel à travers une petite phrase prononcée par le médecin. Il faut attendre ces instants de pudeur (toute relative) pour véritablement aimer le film.

Le choix du lieu de tournage, un luxueux hôtel au cœur des montagnes suisses, épouse habilement la mise en scène de Sorrentino, laquelle métaphorise la vie comme le lieu du passage, du croisement, voire du mouroir chic. Ici, on peut vieillir et se laisser mourir au fil des distractions perpétuelles, puisque l’hôtel ne cesse de proposer des spectacles à ses hôtes – cracheurs de feu, chanteuses, etc. Le cinéaste profite à plein des possibilités que lui offre ce cadre unique, plaçant Michael Caine au milieu des vaches pour un concerto burlesque, de même qu’il installe Keitel face aux actrices de sa vie sur un coteau alpin. Dans un tel lieu, il est bientôt tentant de se regarder filmer et Sorrentino ne s’en prive pas. Pour autant, difficile de cracher sur un plan bien cadré, une mise en scène rigoureuse et une direction d’acteurs pas dégueulasse quoi qu’on en dise.

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Publié :

Infos

Détails de la sortie

Durée
118 mins

Crédits

Réalisateur
Paolo Sorrentino
Acteurs
Michael Caine
Jane Fonda
Rachel Weisz
Paul Dano
Harvey Keitel