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Dexter série 10 ans Showtime

Dix ans après, que retenir de la série 'Dexter' ?

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Pour les 10 ans de sa série phare 'Dexter', la chaîne câblée Showtime a demandé aux internautes de voter pour leurs dix épisodes préférés, qui ont été ensuite diffusés en une seule soirée début octobre.

C'est l'histoire d'une série qui avait enthousiasmé le public avant de le décevoir et de l'agacer. Dix ans déjà que la première saison s'ouvrait sur un travelling : Dexter dans sa voiture, à la recherche d'une proie pour satisfaire ses pulsions meurtrières. Coup de génie, le héros se trouve donc être un tueur psychopathe qui travaille dans la police comme expert scientifique, « blood expert », un serial killer obéissant à un code éthique hérité de son père : il ne tue que des ordures, des salauds, des meurtriers. Banalité du mal, Dexter ressemble aussi à un Américain moyen, il apporte des donuts à ses collègues de travail et habite un petit studio cosy près du port de Miami. 

L'homme n'en reste pas moins un loup solitaire. Par son étrangeté au monde, Dexter Morgan observe nos codes sociaux du point de vue le plus neutre possible, il n'éprouve ni empathie, ni honte, ni passion. Ce qui fait de lui un redoutable moraliste au final, qui aime décrire dans ses longues narrations le combat à l'intérieur de chaque homme entre ses pulsions sauvages et son apparence civilisée. Toute la première saison consistera donc à nous faire aimer l'être le moins aimable du monde, par une sorte de mimétisme inversé. Alors que Dexter s'humanise peu à peu au contact de ses proches, le spectateur est quant à lui renvoyé à sa propre inhumanité, au point de se lier émotionnellement à Dexter lors du suspense insoutenable des deux premières saisons. 

Une série freudienne sur les pulsions humaines

C'est là que réside tout l'attrait de la première moitié du show : comment civiliser le sauvage ? Comment contrôler la frustration et les pulsions ? Si l'homme est foncièrement mauvais, peut-il être sauvé par son libre arbitre ? Série freudienne s'il en est (on y parlera aussi inceste, traumatismes d'enfance et père de substitution), 'Dexter' oscille entre le polissage de son héros et son retour à l'animalité première lors de violents à-coups. En combattant d'autres démons, Dexter soigne en quelque sorte le mal par le mal, il oriente sa pulsion de mort mais ne la contrôle pas encore. Il faudra des serial killers toujours plus effrayants, comme le génial Trinity lors d'une saison mémorable, pour que le personnage découvre sa part lumineuse, soutenu par une armée de spectateurs qui l'encouragent comme si c'était leur gamin sur un terrain de foot : « Allez vas-y, tu peux le faire ! Tu peux devenir un être humain comme les autres ! »

On pourrait d'ailleurs y voir une similitude avec le rapport qu'entretient le spectateur avec un autre antihéros attachant, Tony Soprano : en espérant que ces deux personnages, Dexter et Tony, prennent le bon chemin dans la vie, c'est eux-mêmes que les spectateurs encouragent à se comporter moralement. Hélas, 'Dexter' finira par exaspérer son public en refusant les amitiés qui lui étaient promises, à commencer par la nôtre. Si la série a bien appliqué le code hitchcockien selon lequel « plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film », elle tire sur la corde lors des quatre dernières saisons et tourne en rond.

Après Trinity, le mécanisme dialectique d'attirance/répulsion entre Dexter et ses épigones perd son sel. Acculé de toutes parts, Dexter Morgan n'en finit plus de tergiverser et s'enfonce dans le mensonge, finissant sa double vie comme un mauvais Jean-Claude Romand, pas comme une belle histoire. Sur le site Imdb, le dernier épisode de la série fait partie des moins bien notés (4,8) en comparaison avec la note globale de la série (8,9), jetant ainsi l'opprobre sur une série qui avait pourtant si bien commencé. Restent quatre premières saisons grandioses entre suspense intense, ambiance cubaine et comédiens savoureux, sans oublier ce générique culte.

 

 

 

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