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Festival d'Angoulême : que lire ?

Petite sélection subjective de bandes dessinées


'Barthélémy, l'enfant sans âge' de Simon Roussin. Editions Cornélius, 2015.

A chaque fois qu'il meurt, Barthélémy ressuscite sous les traits d'un enfant, une véritable malédiction pour ce vieillard toujours vert qui a vécu des milliers de vies. Avec sa ligne claire agrémentée de couleurs folles et oniriques, Simon Roussin touche la corde mélancolique en chacun de nous. Un livre simple comme un beau jour.


'Capharnaüm' de Lewis Trondheim. L'Association, 2015.

Attention, « récit inachevé » précise la couverture ! Il faut dire que Lewis Trondheim a commencé cet ouvrage comme une expérimentation sans filets durant un an et demi, après quoi il a fini par arrêter en cours de route pour se lancer dans d'autres projets. On retrouve dans cette BD inachevée - mais fleuve - les habituelles obsessions de l'auteur : personnages un peu débiles perdus au milieu de forces qui les dépassent, mélange entre fiction et réalité, méchants très méchants et auscultation précise du réel comme en attestent les décors très détaillés du livre.


'Sex & Fury' de Bonten Taro. Le Lézard Noir, 2014. Traduction : Miyako Slocombe.

Le Lézard Noir s'est fait une spécialité d'éditer les auteurs japonais underground, qu'ils soient contemporains ou plus anciens. Bonten Taro (1929-2008) a surtout connu une grande notoriété en tant que tatoueur génial, s'occupant personnellement de tatouer Charlie Sheen, mais aussi de décorer le peignoir de Mohamed Ali. Pourtant, cet homme singulier ne manque pas de cordes à son arc : mangaka subversif, yakuza, chanteur et guitariste itinérant, ami de Mishima... de quoi remplir ce recueil d'histoires dramatiques inspirées de la pègre japonaise de son temps, mais également de photos de tatouages incroyables et d'une notice biographique.


'Les Meufs Cool' d'Eric Salch. Les Rêveurs, 2015.

Ce n'est pas un hasard si le trait d'Eric Salch rappelle Reiser, l'auteur de 'Gros dégueulasse'. Comme lui, Salch se vautre avec stupre dans la caricature violente et sans tabou. Son dessin ne supporte pas la patience ni la mesure, tout doit venir des tripes, comme un coup de poing dans la gueule. Avec 'Les Meufs Cool', le dessinateur se moque de son divorce, de son retour chez sa mère, de ses flirts, de ses chagrins d'amour, sans aucune empathie. Lui-même parle de sa « distance froide », même si on sent le timide un peu tendre derrière les saillies trash. On pleure de rire à tous les coups, parce que finalement, Eric Salch, c'est nous.


'Vous êtes tous jaloux de mon jetpack' de Tom Gauld. Editions 2024, 2014.

Une, deux ou trois petites cases pour un humour absurde à l'anglo-saxonne. De la dérision hilarante accentuée par un graphisme minimaliste, qui permet d'accéder immédiatement à l'humour de Tom Gauld. En quatrième de couv, Shakespeare s'adresse à ses acteurs, une fille, un garçon et une sorte de chewing-gum sur pattes : « Les copains, j'ai retravaillé le texte et j'ai bien peur que 'Roméo, Juliette et monsieur Flagada' ait maintenant un titre plus court - et seulement deux personnages principaux. » Parfait.


'Tarzan contre la vie chère' de Stéphane Trapier. Editions Matière, 2014.

Avec cet ouvrage, Trapier s'est amusé à retoucher des photos de scènes hollywoodiennes (western, polars, films historiques) pour placer dans la bouche des personnages des discussions politiques ou actuelles. Décalage formidable et hilarant, quand ce cowboy en plein désert s'inquiète : « Allô... allô !! Je vous entends très mal, ça ne capte pas ! » Une caricature grotesque de Mexicain s'exclame devant un aristocrate du XIXe : « Non, sire, ce n'est pas une révolte : c'est la macarena !! » On pourrait vous faire tout le livre, mais achetez-le plutôt.


'Akira' de Katsuhiro Otomo. Glénat, 1990. Traduction : Stanislas Barets.

Otomo, Grand Prix d'Angoulême 2015, ça mérite bien de se replonger dans l'immense saga 'Akira', récit post-apocalyptique démentiel, classique absolu. Vous finirez la journée moins bête.

Et Paris dans tout ça ?


'Ménil'décor' de Romain Multier et Gilles Tevessin. Actes Sud, 2015.

En discutant avec son grand-père, le personnage principal de ce livre, Romain Multier s'est amouraché du quartier de Ménilmontant. Résultat, il s'est entretenu avec plusieurs habitants qui vivent ici depuis toujours, un portrait tendre, juste et passionnant d'un village parisien.


'Sous Sol', ouvrage collectif. Epik et Croc en jambe, 2014.

Une dizaine d'auteurs sont partis à la découverte des musiciens du métro, ceux qui font le pied de grue tous les jours dans une rame ou un couloir pour divertir les flots de passagers. Des musiciens pas si banals que ça quand on sait que Keziah Jones, Alain Souchon ou plus récemment Benjamin Clementine ont fait leurs débuts dans le métropolitain parisien. L'ouvrage mêle portraits, anecdotes amusantes et CD pour écouter les artistes en même temps qu'on lit leur histoire.

Notre bilan d'Angoulême


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