Le meilleur de votre ville

Le tango des Charlie

Ce matin, les kiosquiers ont vu défiler leurs clients à la recherche de l'hebdo

© EChirache


« Non. » Voilà ce qu'ont entendu les millions de Français et de Parisiens qui ne se sont pas levés à 6h aujourd'hui quand ils ont demandé à leur libraire s'il avait Charlie Hebdo. En une ou deux heures à peine, les trois millions d'exemplaires publiés exceptionnellement ont été écoulés. Si bien que le journal a tout de suite annoncé que les rotatives allaient tourner de nouveau, histoire d'ajouter deux millions de Charlie Hebdo n°1178 en circulation, disponibles sans doute demain matin dans les kiosques.

Vers 9h, dans une librairie de Ménilmontant, les déçus sont donc légion et repartent totalement bredouilles. Pas même un Libé ou un Canard Enchaîné à se mettre sous la dent. « Bah, vous ne voulez pas Le Figaro ? Il en reste plein ! », s'amuse le libraire qui garde le sourire même s'il doit faire face à quelques rouspéteurs. « Oui, des gens se sont énervés, confie-t-il, mais je n'y peux rien, j'en ai reçu 600 au lieu de 50 et je n'ai même pas pu garder un exemplaire pour moi ! » Seuls les clients fidèles venus passer commande la veille ont pu obtenir un exemplaire de l'hebdo tant désiré.

Guy, 82 ans, son journal entre les mains, nous explique qu'il n'a pas pour habitude de lire Charlie qu'il connaît pourtant bien : « C'est important de l'acheter, parce que je suis très touché par ce qui s'est passé. Et même si je ne suis pas forcément d'accord avec tout ce qu'ils racontent, je tiens à manifester mon attachement à la liberté d'expression. C'est magnifique ce qui s'est passé pendant la marche républicaine, ça m'a rappelé la Libération de Paris en 1944. Mais je ne me leurre pas : à l'époque l'union nationale avait duré quelques semaines, puis les querelles entre Français s'étaient vite réveillées. Dimanche, les antisémites et les racistes de tous bords sont restés chez eux, mais ils rongent leur frein en attendant de revenir bientôt sur le devant de la scène. »

La comparaison avec la guerre ne s'arrête pas là, car Guy se souvient aussi qu'à l'époque, des publications fascistes comme Je suis partout, le bien nommé La Gerbe ou encore Le Téméraire jouissaient d'une pseudo « liberté d'expression » leur permettant de cracher leur haine des juifs, des communistes et des démocrates. Robert Brasillach, l'un des plus fameux éditorialistes de l'époque, ira jusqu'à dire ces mots atroces : « Il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas oublier les petits. » A l'heure où certains semblent ignorer que la liberté d'expression est encadrée par la loi, qui interdit l'appel à la haine, au meurtre et au racisme ou la diffamation et l'insulte, ce que nous dit Guy semble salutaire.


City links

Global links