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Livre • L'Ovni Bowie

Alors que la Philharmonie s'apprête à inaugurer la tant attendue exposition 'David Bowie Is', les éditions Rivage Rouge sortent un excellent essai sur l'impact musical, culturel et esthétique du père de Ziggy Stardust. Notre point de vue.


Vous l'avez déjà compris, ce printemps sera le printemps Bowie, et les librairies ne vont pas être épargnées. Alors plutôt que le beau-livre de photo pas si beau que ça, ou la biographie de fanatique mal écrite, voilà un essai qui vaut le détour : 'L'Ovni Bowie'.

Au trop répandu pavé exhaustif et lénifiant, le journaliste Dylan Jones a préféré un texte dynamique et très personnel. Son idée ? Se concentrer sur les trois minutes et quelques qui, à son avis, ont changé la face de la musique de l'ère post-Beatles, voire de l'Angleterre toute entière - rien que ça : le passage de Ziggy Stardust et de ses Spiders from Mars à Top of the Pops, en ce début de soirée du 6 juillet 1972.

Ce soir-là, de Londres à Deal (le bled dans lequel l'auteur, sur le point de se prendre la claque qui va changer sa vie, a grandi), une quinzaine de millions d'Anglais regardent leur émission favorite. Pour y voir soudain débarquer un énergumène habillé en Harlequin céleste, accompagné d'acolytes vêtus et coiffés de manière plus extravagante les uns que les autres. « Tantouze ! », crie papa devant sa télé. Les gamins, eux, sont sous le choc devant ce David Bowie apparu sous les traits éthérés d'une créature céleste pour chanter 'Starman', fissurant l'Angleterre grisâtre et soporifique dans laquelle ils étaient englués. « Il était sexuel, androgyne, bercé d'un glam rock impie - aux antipodes de tout ce que l'on connaissait. C'était excitant, un brin dangereux, bouleversant. Nous avons tous ressenti la même chose : le futur avait enfin débarqué. » De Boy George aux futurs punks en passant par les Cure ou Siouxsie, personne ne s'en remettra.

Si le livre n'est pas aussi drôle que 'Fargo Rock City' de Chuck Klosterman (paru dans la même collection, et sommet du livre mi-texte de fan mi-essai journalistique), 'L'Ovni Bowie' réussit à cerner ce qui fait le sel de cet artiste hors-norme, tout en parvenant à merveille à recontextualiser l'événement - et la crise d'ado de l'auteur du bouquin, abattu d'apprendre que ses cheveux filasses n'auront jamais le volume nécessaire pour égaler la coupe orange interstellaire de Ziggy. Passant en revue les influences assumées de Bowie (Kubrick, Warhol, Fritz Lang, Kansai Yamamoto, Vince Taylor, Iggy Pop... la liste est longue) mais aussi tout l'arrière-plan culturel et social de l'époque ainsi que la réflexion poussée du musicien sur l'artifice, Dylan Jones esquisse un portrait nuancé et loin des clichés, de l'interprète de 'Space Oddity'. En partant de ce passage dans l'émission musicale la plus courue du royaume, 'L'Ovni Bowie' montre qu'ici, c'est bien l'image qui, via la télévision, affirme son importance sur la musique. L'esthétique et la provocation vont désormais jouer un grand rôle dans la fabrication des stars : sans Bowie, point de Sex Pistols ni de Lady Gaga. Et pas non plus de comédie musicale Starmania, mais ça, le livre n'en parle pas.

http://www.payot-rivages.net/couvertures/bassedef/9782743629700.jpghttp://www.payot-rivages.net/couvertures/HD4/9782743629700.jpg  >> 'L'Ovni Bowie : la flamboyante épopée de Ziggy Stardust and the Spiders from Mars', de Dylan Jones, éditions Rivages Rouge. Traduit de l'anglais par Emilien Bernard, 240 pages, 21 €.

Le fameux passage de David Bowie à Top of the Pops




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