Depardieu chante Barbara

Musique
5 sur 5 étoiles
Depardieu chante Barbara
Bertrand Rindoff Petroff

Elle n’a jamais semblé aussi vivante. Vingt ans après sa disparition, Barbara raisonne dans tous les esprits à travers les multiples hommages qui lui sont consacrés, redonnant tour à tour de l’écho à sa voix qui s’est tue. Il y a Mathieu Amalric et son long métrage présenté à Cannes, la Philharmonie et sa fabuleuse exposition, et tout un tas de disques posthumes ou tribute – c’est selon – plus ou moins réussis. L’hommage le plus touchant ? Celui de son grand ami Gérard Depardieu. L’acteur, colosse à la fois imposant et fragile, chante, récite, murmure, tremblote ou gueule – de façon toujours juste et non sans émotion – les textes de la compositrice et interprète, déroulant les grands classiques de son répertoire (‘Marienbad’, ‘Perlimpinpin’…).

Accompagné au piano d’un autre Gérard (Daguerre), qui fut pendant quinze ans le pianiste de Barbara, et au milieu des projos lumineux d’un Cirque d’Hiver acquis à la cause, le bonhomme fait avant tout dans la sobriété : tantôt assis, tantôt accoudé au piano, il semble à la fois présent et en retrait, presque dans la retenue, ne laissant son corps s’exprimer que par quelques envolées de mains. Le but ? Mettre en lumière Barbara et son âme, bien qu’au final, il ne semble former qu’un avec elle. Sensation renforcée lors des interludes parlés – extraits d’interviews de la chanteuse (« j’aimais mieux m’ennuyer seule que m’ennuyer à deux, ou à plusieurs », « on est étrange quand on est différent »…) – où un vertige se crée tant il fait siens ses dires, nous interrogeant en permanence : est-ce lui ou elle qui parle ?

Et tout le génie de Depardieu est là. Raconter à sa façon, dans un voyage intime et personnel, sa vision de la chanteuse pour en extraire un portrait émouvant, où se mêlent moments de joie et de tristesse. Surtout, il s'en dégage le sentiment puissant que l'interprète de ‘L'Aigle Noir plane ici, avec nous. « Elle est là, elle vous entend » dira même Depardieu. Avant de s’effacer complètement pour laisser le public chanter ‘La Petite Cantate’ en chœur. Laissant ainsi chacun repartir avec une part de Barbara en soi.

Par Houssine Bouchama

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