Walter Benjamin Archives

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Walter Benjamin Archives
© IMEC / Fonds MCC
Gisèle Freund, 'Walter Benjamin à la Bibliothèque nationale', 1939

Regard sombre, lèvres pincées, air grave et sérieux : les rares portraits de Walter Benjamin réalisés par ses amies Germaine Krull et Gisèle Freund sont à l’image de son destin tragique de victime du IIIe Reich, contraint comme tant d’autres à sillonner l’Europe dans l’espoir d’une terre d’accueil. Si troublantes qu’elles soient, ces photographies ne disent pas grand-chose de la pensée foisonnante du philosophe, trop souvent éclipsée par sa biographie.

Avec ‘Walter Benjamin Archives’, le MAHJ propose une porte d’entrée inédite dans une œuvre complexe et riche, réunissant de nombreux documents personnels : une note couchée sur une publicité pour une eau gazeuse, des cartes postales d’Ibiza, de San Gimignano, de jouets russes ou de Sibylles, du papier noirci d’une écriture microscopique… Le visiteur est alors tenté de déchiffrer (le plus souvent en vain) quelques phrases en français ou en allemand, au détour d’une de ces boîtes-vitrines aux allures de coffres aux trésors.

La magie qui se dégage de ces archives, en plus de l’émotion qu’elles provoquent, ne lasse pas d’étonner ; ou comment quelques objets parviennent à dépasser leur matérialité pour, justement, se nimber d’une aura. Au-delà d’un simple culte du manuscrit, l’exposition donne à voir un esprit toujours en alerte, où le fragmentaire de certains écrits résonne comme autant d’idées-éclairs nécessitant une prise de note immédiate. Comme si Benjamin voulait à tout prix saisir quelque chose du monde, en garder une trace et organiser le sauvetage de sa propre pensée.

De son étonnant attrait pour la miniature (micro-écriture, jouets) – d’autant qu’il était myope – à ses méthodes d’archivage (codes couleurs, listes, collections d’images), on apprend beaucoup de l’homme, et surtout du philosophe. C’est là toute la subtilité d’une muséographie qui suggère plus qu’elle n’expose et explique, jusque dans les vitrines murales de la deuxième salle évoquant par leur disposition la fuite vers l’Amérique et un impossible exil.

Moins célèbre que ses amis Theodor Adorno ou Hannah Arendt, Benjamin reste pourtant l’un des intellectuels les plus marquants du XXe siècle, à travers des travaux sur les anges, l’histoire ou l’essence et la reproductibilité des œuvres d’art. L’exposition du MAHJ a tout de l’événement incontournable pour les lecteurs du philosophe, tout en proposant aux néophytes une introduction pertinente et facile d’accès.

Par Nicolas Hecht

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