Le meilleur de votre ville

La folie du wax

Où trouver ce tissu africain à Paris ?


« La barbe dit le jour ce que le pagne dit la nuit », ce proverbe burkinabais dit sûrement vrai. Seulement, nous avons pris l'habitude de croiser le pagne et le boubou en journée, la rencontre entre nos yeux et le tissu se devait donc d'être lumineuse. Comme tout explorateur consciencieux, nous sommes partis à la recherche du wax armés d'un plan de Paris. Plusieurs questions nous turlupinaient : Qu'est-ce que le wax ? Quelle est son origine ? Où en dénicher de qualité à Paris ? Après avoir repéré les chemins à emprunter, les endroits où flâner pour peut-être y trouver notre bou(bou)nheur, nous avons entamé le périple sacré en direction du nord de la capitale. C'est à Château Rouge, haut lieu parisien de la culture africaine, du boubou et de la chemise waxée que nous avons commencé notre enquête.

Ici, nous sommes entrés chez Ojabtex, petite boutique de la rue des Gardes. D'apparence plus soignée que certaines échoppes de la Goutte d'Or, l'enseigne propose une gamme de tissus très variés allant du batik au wax ivoirien en passant par du kita ou du baoulé. Le choix et la qualité des textiles sont certes formidables, mais la vraie pépite se trouve au fond du magasin derrière quelques draps tendus. Les cliquetis des machines à coudre nous renseignent sur la deuxième fonction d'Objatex : celle de tailleur. Vous choisissez votre tissu et votre modèle, ils prennent les mesures et une semaine plus tard vous avez une robe qui vous sied à merveille. Waxement bien.

© EC / TOP


Dans cette boutique foisonnante d'étoffes et de vêtements, les couleurs chatoyantes des pagnes éclairent nos visages et notre lanterne par la même occasion. En discutant avec les gérants, nous apprenons que le wax ne prend pas ses racines en Afrique mais en Indonésie. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les Hollandais et Anglais, alors colonisateurs de l'île de Java, tombent sous le charme du tissu local, le batik. La méthode de fabrication de ce tissu est reprise par les Hollandais grâce aux soldats ghanéens qui combattaient sur place pour la force coloniale hollandaise. Le tissu est teint avec de la cire pour mieux fixer les couleurs, la cire se disant « wax » en Anglais. Le nouveau procédé séduit et se répand comme une traînée de poudre. Aujourd'hui, si le wax est produit par les Anglais, les Indiens, les Chinois et les Africains, c'est celui des Hollandais qui reste la référence qualitativement parlant, bien que beaucoup de jeunes marques, comme Laurence Airline, favorisent également le wax africain.

En Afrique, le boubou waxé devient très vite un véritable emblème culturel. Mais les modes circulent et depuis quelques années, c'est dans les vestiaires européens qu'il obtient ses galons. En 2011, Burberry tailla son célèbre trench-coat dans du wax. Même tendance un an plus tard pour la griffe italienne Marni, qui utilisa du wax pour faire des pantalons ou des vestes dans sa collection capsule pour H&M. Une mini-révolution pour la haute couture qui nous donne presque l'impression qu'elle vient de découvrir une matière.

Fort heureusement, personne ne l'avait attendue pour porter ou travailler du wax. Et certainement pas les créateurs. Parmi eux, Sadio Bee qui s'est installé rue Sainte-Marthe ou Laurence Chauvin-Buthaud qui a lancé sa ligne Laurence Airline en 2010. Symboliquement, notre trajet dans Paris a donc suivi celui du wax ces dix dernières années, depuis les grands paniers de Château Rouge, jusqu'aux jolies cours des créatrices du Marais, en passant par les nouveaux quartiers « bobos » fraîchement rénovés du 10e arrondissement. Contrairement à beaucoup de tissus vus, revus et travaillés par la planète entière, le wax n'a pas encore livré tous ses charmes. Un avenir prometteur. Et en couleur s'il-vous-plaît !

>>> Ci-dessous, photos prises dans la boutique Objatex, 30 Rue des Gardes, Paris 18e.

  • © EC / TOP

  • © EC / TOP

  • © EC / TOP

  • © EC / TOP

  • © EC / TOP

  • © EC / TOP

  • © EC / TOP

  • © EC / TOP

© EC / TOP



City links

Global links