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Un bon vin dans la Cave à Michel

Toujours respecter l'étiquette


Anciennement Contre-Etiquette, la Cave à Michel a conservé sa vocation de caviste mais rafraîchi les murs depuis quelques mois, avant de s'apprêter pour cette rentrée 2014 à servir à boire. Autour de quelques charcuteries issues de la merveilleuse boutique espagnole d'en face tenue par Carlos Gutierrez Moya, Fabrice propose désormais des vins de qualité à déguster sur place ou à emporter. Affable et bavard, le gérant invite le flâneur à entrer chez lui ou chez les commerçants d'à côté, plus que des collègues, des amis, des habitants du quartier. Ce quartier, c'est celui la place Sainte-Marthe dans le 10e arrondissement, entre Colonel Fabien et l'hôpital Saint-Louis. Ilot de tranquillité à deux pas du remue-ménage de Belleville, la place et ses rues environnantes voient les nouvelles boutiques se développer à grande vitesse, dans un processus que certains qualifieraient avec une moue péjorative de boboïsation.

S'il est certain et inévitable que la zone se « gentrifie », qui peut regretter l'apparition de commerces indépendants, dont les produits sont de qualité, respectueux de l'environnement et hétéroclites ? « Certains de nos clients sont des habitants du quartier, raconte Fabrice, mais je vois aussi des jeunes qui autrefois achetaient leur vin au supermarché, chez Nicolas ou à l'épicerie. » Contrairement à d'autres produits, le vin réclame une initiation qui peut rebuter certains, alors quoi de mieux qu'une discussion avec un caviste autour d'un verre pour apprendre le goût, l'esthétique, les saveurs et les mots pour le dire ? Comme lors de notre rencontre avec Alain dans sa cave Au Quai, nous avons demandé à Fabrice de nous indiquer de bonnes bouteilles à prix abordable, pour un repas entre amis, une soirée sur le canal ou un après-midi aux Buttes-Chaumont.

Ça tombe bien, Fabrice a envie de nous parler de son rosé Château Renaissance (un Bordeaux) signé Gérard Descambre, « le roi de l'étiquette satirique », un homme qui a repris l'exploitation familiale, dans le bio depuis 1954 s'il-vous-plaît. A l'époque, la France doit redresser son économie et son agriculture exsangues après la guerre, donc produire beaucoup et vite. Les industriels présentent leurs recettes miracle aux viticulteurs, certains les accueillent à bras ouverts, d'autres à coups de fusil. C'est le cas de la famille Descambre. En 1973, le fils Gérard reprend l'affaire et s'acoquine avec l'équipe de Charlie Hebdo : « Il a écrit au professeur Choron, raconte Fabrice, en lui disant que s'il publiait un de ses textes, il lui enverrait une caisse de vins. Choron a adoré l'idée, évidemment, il a pris le texte et la caisse. » Depuis, ce sont des illustrateurs de l'hebdo qui dessinent les étiquettes des vins de Gérard Descambre, des Saint-Emilion autrefois, des Graves aujourd'hui, en majorité Merlot. Reiser, Wolinski, Carali, Willem, Gébé s'y collent et se lâchent. Vous avez le choix dans l'étiquette : une femme avec un tire-bouchon dans l'arrière-train, Le Pen enseveli sous des bouteilles vides avec la mention « Ras l'front ! », un 69 entre un homme, une femme et une bouteille de vin. En gros, la bouteille idéale à apporter chez ses beaux-parents.

>>> La Cave à Michel, 36 rue Sainte-Marthe, 10e arrondissement.


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