Paul / Rigal / Lock

Danse
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Répliques  (© Agathe Poupeney)
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© Agathe Poupeney
Salut (© Agathe Poupeney)
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© Agathe Poupeney
Together alone (© Agathe Poupeney)
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© Agathe Poupeney
Andréauria (© Agathe Poupeney)
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© Agathe Poupeney

Ecrire pour le Ballet de l’Opéra de Paris n’est certainement pas une tâche chorégraphique ordinaire. Pour pouvoir y créer, il faut en effet savoir en respecter les fondamentaux. Des lois patrimoniales gravées dans le marbre du Palais Garnier mais qui n’excluent pourtant pas la virtuosité contemporaine. La preuve en quatre pièces (deux créations et deux reprises) spécialement conçues pour l’Opéra. Des chorégraphies très différentes signées Nicolas Paul, Pierre Rigal, Edouard Lock et Benjamin Millepied et qui défient chacune à leur manière le lien ténu entre le langage classique et la modernité du geste.

'Répliques'

C’est sur la musique de György Ligeti – que Peter Szendi qualifiait de « l’illusion spatiale », que Nicolas Paul a dessiné son ballet ‘Répliques’. Une chorégraphie précise et cadencée d’une vingtaine de minutes « sans récit ni réponse » installé dans un décor apocalyptique façon Rorschach. Une ambiance voilée presque brumeuse, conçue par le scénographe Paul Andreu grâce à la superposition de différents plans. Dans une scène découpée en plusieurs dimensions, le chorégraphe interroge ainsi le rapport du danseur à son propre reflet. Les silhouettes des danseurs, drapées dans des tuniques couleur corail se multiplient sur scène comme devant un miroir. Un miroir auquel ils sont si souvent confrontés pendant leur apprentissage puis au cours de leur carrière. « Le regard subjectif de l’autre (…) joue sur la métaphore et le symbole, le miroitement et la perte de repère, tel un labyrinthe sensoriel dans lequel s’orienterait progressivement le spectateur. »

'Salut'

Chez Pierre Rigal, le langage chorégraphique puise sa syntaxe dans le hip-hop ou le cirque, dans un rapport tendu au mouvement corporel. Et chez Pierre Rigal, contre toute attente, le spectacle commence par la fin. Normal puisqu’il évoque le salut, c'est-à-dire la clôture du spectacle. Pour ‘Salut’, le danseur touche-à-tout a imaginé une déconstruction de l’acte traditionnel qu’est le salut. Un geste codifié (on se tient par la main, on s’avance, on se courbe) dont il décortique avec dextérité les moindres mécanismes et qu’il met, avec beaucoup d’intelligence et d’humour, en relation avec le cycle solaire du danseur, de l’ombre des coulisses au feu des projecteurs. En fond de scène, un écran projette la silhouette hiératique d’un soleil qui brille de tous ses rayons, avant de décliner pour de nouveau renaître. Le fil narratif est clair et pourtant, l’interprétation pleine de subtilités, de dissymétrie et d’absurdité.  

'Together Alone'

Il y a d’abord le piano laiteux de Philip Glass, la nacre des touches, la douceur des notes. Une mélodie qui s’installe dans le silence de l’opéra comme à petits pas, discrètement, sans esclandre. Et puis il y a ce duo, un couple d’amants en jean, t-shirt. Un duo composé de l’étoile médiatique Aurélie Dupont et de Marc Moreau (qui remplace Hervé Moreau, blessé) sur une chorégraphie signée Benjamin Millepied. Une dizaine de minutes vouées à la tendresse et à la volupté. 

'AndréAuria'

Des pointes qui claquent sur le parquet, des arabesques qui se déplient dans l’air, des sauts comme des torpilles, des corps figés dans des torsions… Difficile de résister à autant de virtuosité. Voilà de quoi clore cette soirée à l’opéra avec brio. Signée Edouard Lock, la chorégraphie de ‘AndréAuria’ vrombit comme un papillon de nuit. On entend ses ailes gifler l’air, et ses piétinements rythmer la musique de David Lang – interprétée par deux pianistes face à face sur scène. Un spectacle éblouissant.  

Par Elsa Pereira

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