Roméo et Juliette

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Roméo et Juliette
© Bernd Uhlig

Abstrait, sensible, épuré, le ‘Roméo et Juliette’ de Sasha Waltz l’est d’abord par son décor. Un plateau blanc posé sur la scène, prêt à s’ouvrir comme un tombeau à mesure que l’histoire se dévide : c’est sur cette estrade solennelle que se joue le drame, laissant au chœur, omniprésent, un vaste espace d’expression, sur le modèle de la tragédie antique. Avec ce nouvel opéra dansé (et d’ailleurs bien plus dansé que chanté), Sasha Waltz dépouille la tragédie de Shakespeare de ses éléments « superflus » pour n'en puiser que l’essence : l’histoire d’amour et ses émois intemporels, dont elle infuse de bout en bout sa mise en scène extrêmement complexe, quoique d’apparence sobre. Si, des personnages de Shakespeare, elle ne retient qu'un trio de solistes, Juliette (Aurélie Dupont), Roméo (Hervé Moreau) et Père Laurence (Nicolas Paul), la chorégraphe allemande invite à leurs côtés une centaine d’artistes à se produire sur scène. Défi monstrueux dont elle triomphe avec une virtuosité folle.

Les danseurs, vêtus de noir ou de blanc (symbolisme, quand tu nous tiens), assemblés en couples ou en groupes viennent consteller l’espace de postures minimales, se figeant dans d’étroits entrelacements, les bras tendus vers des ailleurs incertains, la peau ruisselant de lumière… Autant de tableaux mouvants dont le pouvoir allégorique n’est pas sans rappeler, formellement, les ‘Révélations' du chorégraphe afro-américain Alvin Ailey.
De la symphonie de Berlioz, Waltz a emprunté le rythme saccadé, les chœurs, l'adaptation libre de la tragédie et, surtout, le romantisme, dans ce qu’il a de plus sombre et de plus puissant, flirtant même dans les moments les plus terribles avec l’esthétique d’un Caspar David Friedrich. De Shakespeare, elle a conservé les pointes d’humour qui tranchent avec le pathos, et les élans parfois enfantins des amants, déterminés, opprimés – mais jeunes, avant tout. Ainsi, elle n’hésite pas à faire tituber ses danseurs comme des autruches ivres et à les affubler d’une dégaine de zombies disloqués lors du bal masqué des Capulet (déguisement imposé : le tutu pailleté). Une dose de second degré qui contribue à sublimer la grâce de Roméo et Juliette, seuls à se distinguer de la masse. Les scènes d’amour en paraissent d’autant plus légères, aériennes, évanescentes, le duo se liquéfiant dans un mélange subtil de sensualité et de candeur, sur un mode plus classique.

Sasha Waltz, que l’on connaissait déjà pour ses audacieuses rencontres entre opéra, ballet et danse expérimentale, donne encore une fois corps à la musique avec une fougue envoûtante. Sublime.

Par Tania Brimson

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Téléphone de l'événement 08 92 89 90 90
Site Web de l'événement http://www.operadeparis.fr