Archie Shepp Big Band joue l'album 'Attica Blues' + Hypnotic Brass Ensemble

0 J'aime
Epingler
Archie Shepp Big Band joue l'album 'Attica Blues' + Hypnotic Brass Ensemble
© Jean-François Grossin

Archie Shepp est un célèbre saxophoniste qui s'est illustré dans les années 1960 en militant pour les droits des afro-américains au sein du collectif de musiciens New York Contemporary Five. Il a également joué avec des légendes du jazz : Horace Parlan, Cecyl Taylor et John Coltrane, avec qui il a contribué à la création d'un style avant-gardiste, le free jazz. Il intègre à ses compositions des musiques noires comme la soul et le funk. Avec ce concert, il tend un fil entre tradition ellingtonienne et révolte funk. Un pont entre la soul la plus habitée et le free le plus engagé.

'Attica Blues', paru en 1972, fait figure d’ovni de génie dans la discographie d’Archie Shepp. En pleine révolution free, le saxophoniste propose ici, comme un contrepied, une œuvre plurielle qui englobe avec perfection toutes les diverses facettes de la Great Black Music. Quarante ans plus tard, Shepp ressuscite 'Attica Blues', cri musical qui impressionna toute une génération. Une relecture moderne, sans odeur de naphtaline. Comme pour prouver la modernité de l’œuvre d’origine. Car Shepp n’est pas là pour porter à bout de bras la tradition free, mais plutôt pour faire vivre son esprit. Encore et toujours.

Première partie : Hypnotic Brass Ensemble. Difficile de croire que les huit grands blacks au swag de gangster US qui entrent sur scène sont membres d’une fanfare. Encore plus improbable d'imaginer que ces gaillards sont tous frères. Et pourtant ! Hypnotic Brass Ensemble est une fanfare funk hip-hop formée par huit rejetons de Philip Cohran, le trompettiste de Sun Ra dans les années 1960. En les écoutant jouer on se dit que le talent est forcément héréditaire : le groove est remarquable, et l’harmonie est parfaite entre les quatre trompettes, les deux tubas le baryton et le souba, tant ces musiciens qui ont grandi et appris la musique ensemble jouent en symbiose. Ils forment un orchestre volontairement puissant, qui fait vibrer le public sur un groove hip-hop que l’on doit au batteur hors pair, le seul qui n’est pas membre de la famille.

Hypnotic Brass Ensemble est une « success story » à l'américaine. Débarqué du Mississippi à Chicago dans le sillage de Sun Ra dans les années 1960 pour profiter du vent de liberté « black & proud » qui souffle sur le nord des Etats-Unis, le père Cohran fonde avec d’autres artistes de jazz, notamment le Art Ensemble of Chicago, l’AACM, une association qui encourage la valorisation de la musique noire, et la formation de musiciens et de compositeurs de jazz. Militant jusqu’au bout des lèvres, il insuffle à sa trompette sa combativité et sa créativité musicale. Il composera plus de 5 000 titres et sera le mentor de The Pharaohs, qui deviendra plus tard Earth, Wind and Fire.

Les enfants Cohran baignent dans le jazz, mais aussi le hip-hop qu’ils écoutent en cachette le soir, comme NWA, Public Enemy ou Ice Cube, et forment leur premier groupe de rap en mode beatbox. A la fin des années 1990, l’école est finie, ils jouent en brass band dans les rues de Chicago, où souffle un vent de liberté. Vite repérés et sortis de leurs trottoirs, ils assurent les premières parties de Gorillaz, Mos Def, Tony Allen, De La Soul, Erykah Badu, et bien d’autres avant de se produire en janvier 2009 au festival Sons d’hiver, pour la première fois à Paris.

Par CG

LiveReviews|0
1 person listening