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On a vu l'avenir du blues-rock

Rencontre avec les Velvet Veins

©Sylvain Golvet


Difficile de croire qu'il a 18 piges, quand on entend le chanteur des Velvet Veins pousser sa voix et qu'on le voit gratter sa guitare avec un bottleneck. Pourtant, c'est bien vrai, les Velvet Veins jouent un blues-rock d'enfer qui fleure bon Led Zeppelin, les Stones et le Allman Brothers Band, alors qu'ils sont encore frais émoulus du lycée pour certains, notamment Théo (chant, guitare) et Olivier (basse, harmonica) que nous avons rencontrés au Jardin du Luxembourg, histoire d'en savoir plus sur leur groupe, qui détonne avec bonheur dans le paysage musical français.


Time Out Paris : Comment des jeunes gens comme vous sont-ils devenus des fanatiques de blues-rock?

Olivier : En fait, ça s'est fait tout seul, à tel point que je ne m'en souviens plus très bien. J'ai d'abord écouté Nirvana, puis les White Stripes. Quand j'ai découvert les Beatles, je n'ai fait que les écouter pendant un an compulsivement. Et puis après, tu tires le fil de l'histoire du rock et tu y passes tout ton temps, par exemple je suis à fond sur la soul en ce moment.

Vous aimez la musique des seventies mais pas seulement, vos vêtements aussi proviennent de ces années-là. Est-ce que votre amour pour cette époque va plus loin encore ?

Théo : Au début oui, quand j'ai commencé à m'intéresser aux années 1970, j'ai voulu tout savoir et j'ai beaucoup lu pour me renseigner dessus. J'ai même eu une petite phase où je me disais que je n'étais pas né au bon moment, que j'aurais dû vivre dans ces années-là. Aujourd'hui, c'est différent, je suis super content de faire de la musique en 2013, parce qu'on bénéficie de tout cet héritage et que tout est ouvert, tout est possible. Les genres coexistent ensemble et même si le rock n'est plus un phénomène de société, ça reste une musique vivante, mais qui nécessite qu'on s'y intéresse vraiment pour la connaître.

Vous vous sentez en décalage au milieu de vos amis du même âge ?

Olivier : C'est vrai que j'ai un ami qui hallucine, il me dit qu'il ne pourrait jamais s'habiller comme moi, avec des vestons vintage, des bottines, des chapeaux, et puis les cheveux longs... Sinon, beaucoup de mes amis écoutent la même musique que moi.

Théo : A la limite, tant mieux si on est en décalage. Il y a peut-être un peu le sentiment d'appartenir, pas forcément à une élite, mais à une communauté de spécialistes, qui conservent un secret, qui transmettent le flambeau. Des gens qui ont fait l'effort de couper la radio et d'éteindre la télé pour aller chercher la musique ailleurs.

Oui, sur Internet par exemple. Pourtant, vos morceaux en ligne sont rares pour l'instant et on ne peut pas les télécharger, c'est frustrant ! Pourquoi ?

Théo : En fait, on aimerait cultiver la rareté sur Internet. On ne veut pas abreuver les fans de titres, de vidéos, de photos, en permanence. Il faut que les chansons gardent leur part de mystère, qu'elles soient vraiment importantes.

Olivier : C'est aussi parce qu'on n'est jamais totalement satisfaits des morceaux. Les gens pourraient croire qu'on est paresseux vu le peu de titres disponibles, mais en réalité nous avons composé un paquet de chansons. Sauf que nous sommes exigeants et on en jette beaucoup. On cherche aussi à obtenir un son particulier, alors ça prend beaucoup de temps pour trouver les instruments, le matériel, et réussir à faire tout fonctionner en studio. Pour l'instant, nous n'avons pas réussi à obtenir exactement ce qu'on veut.

Vous allez enregistrer votre premier EP prochainement, qui a été autoproduit via le site Kiss Kiss Bank Bank, ça représente quoi pour vous ?

Olivier : C'est génial, on a hâte de voir les caisses de vinyles devant nous. On a toujours rêvé de réaliser notre propre disque, d'avoir un objet qui est le produit de notre boulot.

Théo : On n'a pas créé ce groupe pour faire des reprises, même si ça nous arrive d'en faire, on l'a d'abord créé pour composer notre propre matériel, du coup ce disque sera l'aboutissement de tout ça. Il y aura uniquement des nouveaux titres, hormis "Bound To Pretend", qu'on va réarranger pour l'album.

Olivier : On a prévu de presser 300 vinyles et 300 CD, c'est peu parce que ça coûte cher, et puis c'est déjà pas mal pour un début. On va se débrouiller pour les distribuer à droite à gauche, après les concerts, sur Internet...

Vous allez enfin avoir quelque chose à vendre après vos concerts ! Parce que vous avez beaucoup tourné sans pouvoir le faire, c'était dommage, surtout quand on voit votre talent sur scène. A ce propos, quel est votre sentiment vis-à-vis des petites salles parisiennes que vous avez écumées ?

Olivier : C'est difficile à dire... On a été rarement très bien accueillis en fait. Le meilleur souvenir que j'ai, même si ce n'était pas notre concert le plus réussi, c'est quand on a joué sur la plage du Glazart [pour la carte blanche à Time Out Paris, ndlr], parce que l'accueil était génial. Niveau ambiance, notre concert au Lautrec était sans doute le meilleur, c'était terrible. Mais le principal souci dans les petits clubs, ce sont les limiteurs de décibels installés à cause des riverains qui se plaignent !

Théo : Nous avons beaucoup joué gratuitement dans des petites salles ou des bars, mais nous nous sommes mis d'accord avec notre manager Laurent pour ne plus accepter ça, parce que nous avons suffisamment d'expérience désormais. L'idéal maintenant, ce serait de tourner hors de Paris dans toute la France quand l'EP sera sorti, début janvier si tout se passe bien.


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