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La nouvelle scène musicale québécoise a du mordant

La compilation 'Québec mon amour' sort aujourd'hui


Tout le monde connaît les formidables Arcade Fire. Mais qui connaît Bernard Adamus, Les Trois Accords, Canailles, ou Organ Mood ? La scène musicale québécoise en général, et montréalaise en particulier, ne s'est pas encore fait une réputation au-delà de l'Atlantique, mais ce n'est qu'une question de temps. Rock, pop, folk, rap, rien ne résiste à l'envie de ces jeunes groupes, où filles et garçons réussissent un amalgame moderne propre à la musique québécoise. S'appuyant sur une longue tradition cajun, ils n'hésitent pas à mêler les airs et les instruments d'autrefois aux musiques actuelles. Sur 'Québec mon amour', on entend du tuba, de la guimbarde, de l'accordéon, de l'harmonica, du banjo, du « fiddle », ce violon populaire typique de la country, mais aussi des synthétiseurs, de la guitare électrique et des boîtes à rythmes. Carrefour d'influences si attachant, le Québec réveille autant la country dansante de ses ancêtres et les airs mélancoliques d'autrefois qu'il s'approprie brillamment l'indie rock ou l'électro la plus branchée. Parfois, tout se télescope avec bonheur comme sur le très bon "Race de monde" d'Emile Proulx-Cloutier, sorte de hip-hop cajun réjouissant.

« J'utilise beaucoup trop d'anglicismes sur le régulier » dit le rappeur Koriass dans "Enfant de l'asphalte". C'est l'autre particularité de cette compilation : tous les groupes prennent le soin de chanter en français, avec un talent unique pour faire sonner la langue. Il y a chez les Québécois une liberté et une spontanéité dans l'art d'écrire que les Français n'ont pas toujours, comme s'ils ployaient sous les siècles de littérature hexagonale. Au Canada, il semble que le poids de l'histoire se fasse moins sentir et que les scrupules à secouer la tradition n'existent pas. Bonheur d'entendre la jeune Klô Pelgag hululer « J'ai cassé l'aviron, j'ai cassé sur ta tête, j'ai cassé sur ta tête, j'ai cassé l'aviron » dans le très beau "Comme des rames" qui ouvre le disque ; sourire quand les paroles de "J'aime ta grand-mère" des Trois Accords résonnent dans les écouteurs. Alors oui, vous ne comprendrez pas toujours parfaitement les paroles, mais vous prendrez un plaisir immense à découvrir la langue poétique québécoise, si proche et si lointaine de la nôtre. Ce décalage entre notre français et celui de nos cousins est une bénédiction, car il nous oblige à un effort d'imagination pour reconstituer les pièces du puzzle sémantique, et quand le groupe Avec pas d'casque pour prévient que "La journée qui s'en vient est flambant neuve", on devine avec les oreilles ce que le cerveau n'entend pas toujours.

Teaser vidéo

La compilation


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