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'Le Monde Möö', pourvu que ça dure !

L'album du mois : Moodoïd


En français, le suffixe -oïde signifie en général « en forme de », comme dans « androïde ». Une petite étymologie franglaise de Moodoïd nous informe donc que le groupe s'appelle « en forme d'humeur ». Et des humeurs, il y en a un paquet dans ce 'Monde Möö' fluctuant, parfois à l'intérieur d'un même morceau, comme le faisaient par exemple Frank Zappa, David Bowie ou Robert Wyatt, influences revendiquées qui s'entendent ici ou là sur le disque. Il y a d'ailleurs chez Moodoïd cet aspect décomplexé que revêtait la musique des années 1970, ne s'embarrassant ni des étiquettes, ni des outrances, n'hésitant pas à surproduire, résultat des avancées technologiques autour du studio, qui devient alors un instrument à part entière.

On retrouve ces tendances à l'œuvre dans le groupe de Pablo Padovani, fils du jazzman Jean-Marc Padovani. Un côté foufou aussi, qui enchaîne des nappes psychédéliques avec des délires orientaux enfantins suivis de cassures de rythme bluesy, comme dans le titre "Les Oiseaux". Ça part dans tous les sens, assumant aussi bien les ascendances kitsch des années 1980 d'un Christophe (la voix haute et trafiquée de "Bongo Bongo Club" fait penser au chanteur des "Mots bleus") que les langueurs psalmodiées d'un Gainsbourg sur "Bleu est le feu", voire du Brigitte Fontaine (qui elle aussi aime les sonorités orientales) sur les étranges "Les Chemins de traverse" ou "Les filles font que le temps est jouissif". Avec un peu d'audace, on pourrait comparer aussi Moodoïd aux débuts du rap français, à Chagrin d'amour et son "Chacun fait (c'qui lui plaît)" quand on écoute "Heavy Metal Be Bop 2", tout un programme résumé dans un titre également très zappaoïde, si vous me passez l'expression.

La langue française colle merveilleusement bien aux circonvolutions mélodiques de Pablo Padovani, qui derrière les arabesques jazz, rock ou orientales a caché des trésors de chansons françaises. Seul morceau en anglais, "Yes & You" est également très réussi, mais perd un peu du charme secret que les paroles déclamées en français avec beaucoup d'effet sur les voix apportent à l'ensemble. Et puis, il y a le merveilleux "La Lune", un son psychédélique et pop plus moderne, s'approchant de ce que font actuellement les Temples ou Jagwar Ma par exemple. Avec ses chœurs féminins, une constante de l'album, la chanson berce l'auditeur de son roulis rêveur. Après tout, c'est bien la lune qui accueille les songes et fait les marées.

>>> Sortie le 18 août sur Entreprise.


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