Lindigo

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Lindigo
Yannick AH-HOT
Lindigo

Le maloya est à l’île de la Réunion ce que le rap français est aux banlieues, un genre musical rebelle et contestataire souvent réprimé par les politiques. Hérité des esclaves travaillant dans les plantations de canne à sucre de l’île et fleurant les revendications indépendantistes, il a été interdit par le régime colonial puis étouffé par l’administration française jusque dans les années 1980. Si depuis 2009 cet héritage culturel est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, il n’en reste pas moins dérangeant. 'Maloya Power', le dernier album du groupe emblématique Lindigo, dénonce l’oppression économique et sociale vécue par les populations des Dom-Tom exaspérées par « la vie chère » sur l'île depuis quelques années. Un constat qui met mal à l’aise les politiques en Métropole, tout comme celui des virulents rappeurs qui dénoncent les problèmes des banlieues. Si le rap français transpire davantage le béton armé des immeubles sous un ciel gris, le maloya respire le soleil et la fête. L’ambiance promet d’être aussi volcanique que l’île de la Réunion et la température tropicale sous le chapiteau du Cabaret Sauvage !

D'origine tribale et rituelle, le maloya est une musique qui prend aux tripes et invite à la transe extatique. Avec sa ligne percussive puissante aux rythmes syncopés et hypnotiques, il est nourri par les chants et danse d’esclaves venus d’Afrique, de Madagascar et des Malabars d’Inde tombés ensemble dans la marmite créole. Si auparavant il était destinée à invoquer les esprits, pleurer son malheur et honorer les ancêtres, il est aujourd’hui le meilleur prétexte pour faire la fête sur l'île. Au maloya traditionnel, Lindigo a ajouté des influences diverses comme de l’afrobeat, des rythmes de batucadas afro-brésiliens ou de l’accordéon. 'Maloya Power' produit par l’accordéoniste du groupe Java a été enregistré dans les servis kabaré (fêtes réunionnaises) où tout le monde danse et chante en choeur, loin de l’ambiance hermétique des studios. Un essai original qui vaut une écoute attentive et une petite danse dans son salon pour honorer les musiciens. 

Par Camille Griffoulières

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