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Nick Waterhouse, c'est pas Mickey Mouse

Critique de 'Holly'


Le titre de cet article, en référence à une chanson fameuse de Christophe Hondelatte, n'est curieusement pas uniquement justifié par le mauvais goût parodique de votre serviteur. Car le titre "Dr. House" de Christophe Hondelatte ressemble un peu à du Nick Waterhouse, mais un bon ton en dessous.

Il faut dire qu'il ne suffit pas de copier la grande musique d'autrefois pour faire de la bonne musique. Il faut y mettre une application sans doute encore plus rigoureuse et ardue, déjouer les pièges de la facilité et de l'imitation pure et dure, mettre ses pas dans ceux des glorieux ancêtres sans se perdre en chemin, et puis réinventer le style, cette touche personnelle indéfinissable. Tout comme en cuisine, connaître les ingrédients d'une recette ne vous garantit pas d'en tirer toutes les saveurs, bon nombre de groupes rendent un hommage bien maladroit à la soul, au rhythm'n'blues et au jazz des années 1960. Pas Nick Waterhouse. Lui a tout compris. Ses mélodies touchent juste, ses arrangements régalent, ses chansons ressuscitent un pan entier d'une musique qu'on pourrait croire conjuguée uniquement à l'imparfait. Mais ce serait passer à côté de ce jeune surdoué californien, guitariste de talent, homme de goût sachant s'entourer de musiciens et de choristes aux petits oignons. Impossible de ne pas écouter en boucle son nouveau disque 'Holly', sexy, dansant, invitation au désir.

Dès "High Tiding", on roucoule avec cette merveille d'orgue, on déguste les notes étouffées de la guitare, qui s'égrènent comme une femme s'effeuille, progressant à la manière des marées hautes dont parle le titre de la chanson. Le single "This Is A Game" est plus syncopé, véritable petite bombe R&B digne des années 1950, où les cuivres s'entonnent à cœur joie, alors que la reprise du garage rocker Ty Segall, "It #3", fait surtout parler la poudre des guitares, une tuerie, aucun survivant. Si l'on ajoute les deux titres suivants, la première face du disque se pose comme un sans-faute : "Let It Come Down" et "Sleepin' Pills" sont deux chansons lancinantes, auxquelles les chœurs féminins apportent une touche plus mélancolique et sombre. Moins brillante, la seconde partie de 'Holly' reste passionnante, notamment grâce aux très bons "Dead Room" ou "Ain't There Something That Money Can't Buy". Tout comme Amy Winehouse, le chanteur parvient donc à faire revivre un art ancien sans le momifier, à lui rendre aussi sa chair et sa jeunesse. Espérons que, contrairement à Amy et conformément à son patronyme, Nick Waterhouse ne boive que de l'eau. Ca conserve.


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