Le meilleur de votre ville

Playlist pour plomber l'ambiance le 31

Parce que LMFAO, ça commence à bien faire

Vous devenez nerveux. Oui, il commence à se faire tard à cette soirée que vous avez choisie par défaut, et la musique est nulle. Alors pour commencer, vous décidez de vider votre sac, vous en avez gros sur la patate, votre patate en a gros dessus, bref vous nettoyez la scène de ses éléments perturbateurs. Pour ça, rien de mieux que le karcher Jay Reatard et son groupe les Lost Sounds, qui balancent ici une tuerie absolue d'anxiété, un chef-d'œuvre d'agacement. Efficacité garantie, vous êtes tout seul sur la piste de danse.

Tant que vous y êtes, vous en profitez : vous allez mettre un petit taquet au passage à tous les hipsters de la soirée, ces grands dadais qui en ont pour plus d'une barre de fringues sur eux. Ils ont vraiment des têtes de zob, alors vous leur faites remarquer subtilement par l'intermédiaire de cette chanson "Being A Dickhead Is Cool", comme au bon vieux temps des dédicaces à la radio. C'est un échec, tout le monde vient danser et rigole bien.

Voilà, ça y est, vous déprimez. Il n'y a pas de raison que vous soyez le seul à bader, alors vous passez ce morceau des Messieurs, une petite boule de cruauté fielleuse comme on les aime. Vous vous lâchez et chantez les paroles très fort : « J'sais pas pourquoi, mais j'me sens mieux, quand tout le monde est malheureux. » C'est plus fort que vous, le Nouvel An vous fait toujours cet effet. Etonnant, personne dans la pièce ne semble connaître la chanson, pourtant c'est un tube, non?

Maintenant, vous jetez un regard dans l'assistance et vous vous apercevez que la fête est triste. Parfait, voilà qui est raccord avec le titre de Trisomie 21 que vous souhaitez passer. En entendant un truc aussi sinistre, même la guillerette Sœur Emmanuelle aurait eu envie de se tirer une balle. Si après ça, les gens n'ont pas envie de rentrer chez eux, vous ne savez plus quoi faire.

Horreur ! Un odieux jean-foutre vient de prendre votre place aux platines (il a profité d'un instant d'inattention de votre part, lorsque vous cherchiez des oursons gélifiés), et vous entendez déjà les premières notes de "Gangnam Style". Votre sang ne fait qu'un tour : vous débranchez son iPhone 5 illico pour mettre à la place votre baladeur mp3 Yarvick à 39,90 €. The Inspector Cluzo vient à votre rescousse, histoire d'envoyer un signal fort aux mauvais DJ de la planète. Comme le morceau groove un max, les plus téméraires reviennent remuer du popotin sur la piste.

Du coup, vous n'avez pas le choix : il faut danser. Hélas, vous n'aimez pas trop ça. Comme le personnage qui parle dans "Dancin' Fool" de Frank Zappa, cela revient pour vous à commettre un « suicide social ». A jeun, ce serait humiliant, mais là vous avez bu quatre rhum à l'orange, six verres de rouge, deux de blanc, trois coupes de champagne et quarante-six bières. Tout va bien. Vous devenez un « fou dansant », un de ces types étranges qui croient assurer mais terrifient tout le monde. Vous prenez la confiance et invitez une fille à danser un rock sur la chanson. Dans votre esprit, vos mains s'effleurent et vos corps se frôlent avec élégance. En fait, vous écrasez ses doigts et tordez ses bras.

Il faut se rendre à l'évidence : malgré vous, l'ambiance est restée chaude, presque sympatoche. Pas de panique, vous détenez la solution. Un bon Dead Can Dance des familles, avec cloches solennelles et chœurs lugubres, voilà qui devrait refroidir les esprits. La bande-son idéale pour une entrée au couvent ou un enterrement, génial. Tiens, ça vous rappelle même un souvenir glauque et personnel. Vous pleurez. Vite, il faut changer de chanson.

Oups ! Vous avez appuyé un peu vite sur le bouton shuffle et voilà que le morceau suivant n'est pas plus gai. Pas grave, après tout vous voulez plomber l'ambiance. « On ne tue pas son prochain, ça ne se fait pas, ça n'est pas bien. On attend que la table soit mise et l'on se présente, et l'on mise sur la mort proche. Et la mort approche. » Etrangement, la chanson vous donne plutôt envie de tuer quelqu'un, reste à savoir qui. Un type vous interpelle : « Tu peux changer cette merde ? » Il y a des jours où le hasard fait bien les choses.


Vous avez trouvé votre victime, bien, c'est l'essentiel. Pas question d'user de la force pour autant, vous méritez mieux. Vous choisissez donc de le tuer par saignement des tympans. C'est là que François Juno intervient. François Juno, c'est d'abord une énigme : pourquoi ce génie n'a-t-il jamais percé dans la musique ? Certainement à cause de la jalousie concomitante de ses rivaux : trop beau, trop bon chanteur, trop visionnaire (« Porteras-tu des robes de dentelle,
en plastique, en skaï, en arc-en-ciel ? »), François gênait. Reste cette voix, ce style, uniques. A consommer toutefois avec modération.

Par association d'idées, François Juno vous fait penser à Jean-Pierre Sauser, son héritier le plus doué. Dans les années 1990, JP a eu son petit succès grâce à l'animateur Max de Fun Radio. Les nappes de synthé raffinées provoquent tout de suite un effet madeleine de Proust chez les trentenaires de la soirée. Y'a pas à dire, le beat est bon comme dirait Kamini. Et ce faux solo de guitare à 2:08 vaut son pesant de cacahuètes, même si le meilleur reste les paroles : « Monsieur le ministre de la Culture, a donné le jour de fête pour aller danser. Aujourd'hui, c'est la fête de la musique, toute la France se met à chanter. Se retrouver, faire la java, et puis... boire du champagne. » Quand la chanson s'arrête, le silence qui suit est encore de Jean-Pierre Sauser.

Avec toutes ces histoires, il est maintenant sept heures du matin. Soudainement, une envie irrépressible de boire deux litres d'eau à même la bouteille s'empare de vous. La mâtinée s'annonce pénible, longue et déprimante. Votre dernier espoir se nomme Freddy Tougaux. Vous jetez vos dernières forces dans une recherche YouTube, mais, fébrile, vous tapez maladroitement « frezssy touvaux ». Après trois tentatives infructueuses, vous tombez enfin sur cette chanson salvatrice, hilarante, lumineuse. « Y a des mââtings. Quand tu te lèèèves. Tu sens très bieeeng. Que ça n'ira pas bieeeng. Y a des mââtings. Où tu te dis. Ça va d'alleeer. Ça va d'alleeer. Et puis ça passe. Ça se passe bien. Tu as passé. Un très joli mââting. » Victoire, vous reprenez goût à la vie. La semaine prochaine, votre pote Cyril vous a invité à une fête pour son anniversaire. Pas question de se taper "Call Me Maybe" toute la nuit, alors vous téléchargez préventivement la "Bamba triste" de Pierre Billon, "Krou Kontre Attak" de Stupeflip et "March Of The Pigs" de Nine Inch Nails.

City links

Global links