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Quand notre cœur fait 'BUM'

Critique du nouvel album de Cheveu


Entre d'un côté la consécration internationale des Daft Punk aux Grammy Awards et de l'autre la sortie de ce troisième disque des confidentiels mais très estimés Cheveu, le grand écart semble radical. Pour autant, les deux événements montrent chacun à leur manière le dynamisme d'une pop française qui n'en finit plus de prouver sa maturité. Si l'album 'BUM' (ça y est, vous avez compris la blague) n'aura pas le retentissement de 'Random Access Memory', il marque en revanche l'essor plus large d'un groupe qui essaye d'échapper à la malédiction du « succès d'estime ». Car tous les critiques musicaux, tous les journalistes rock, tous les blogueurs, tout le petit microcosme garage-punk parisien, toutes les bonnes sœurs et tous les voleurs, tous aiment Cheveu. Mais le grand public, lui, ignore encore son existence. 

Il faut dire que Cheveu fabrique de la musique dadaïste, crée ses morceaux à partir de blagues, que le trio étire, développe, triture, simplifie, répète à l'envi le long de mantras bêtes et méchants, un bonheur. Sur leur album 'Mille', le titre "Quattro Stagioni" avait montré que le groupe était aussi capable de merveilles d'arrangements et de composition, complexes autant que jouissives. L'ensemble du disque restait encore un peu trop frugal. Alors avec 'BUM', Cheveu s'est épaissi. Le son des guitares alourdi, les mélodies affirmées, la production épanouie. C'est bien simple, ce n'est plus un disque, c'est un cheval de Troie, une machine de guerre, un vaisseau de conquête, un Décalogue en chansons. Et dire que le chanteur David Lemoine racontait en forme de prédiction à Drone en 2011 : « Je pense qu'on pourrait vraiment faire des tubes, mais on ne les fait pas parce qu'on pense que ce serait trop facile... c'est peut-être un peu con commercialement parlant, faudrait revoir un peu la copie. »

Finis les complexes, 'BUM' regorge de chansons efficaces, presque dansantes pour certaines ; de délires influencés par le cinéma ("Albinos" inspiré d'un extrait du 'Gummo' de Harmony Korine, ou les premières paroles de "Polonia" empruntées à 'Buffet froid' de Blier), de jeux de mots tirés par les veuch ("Juan in a Million"), de refrains à entonner ("Slap and Shot", "Johnny Hurry Up"), de chœurs dingos ("Monsieur Perrier"), de comptines à la Frank Zappa ("Stadium" nous fait un peu penser à "Let's Make The Water Turn Black"), et d'un hommage à Claude Pompidou totalement barré où David Lemoine trafique sa voix pour la faire surgir d'outre-tombe. Un groupe qui, en 2014, assène  « on danse, on danse, pour Madame Pompidou ! » par dessus des guitares dignes de Captain Beefheart et des bongos, ne peut que nous plaire infiniment.

Pour autant, Cheveu n'a pas mis tant d'eau que ça dans son vin. Leur identité n'a rien perdu de sa singularité, et leur goût pour une forme de chaos sonore, leur penchant pour les borborygmes vocaux, leur amour des riffs déglingués et des claviers déroutants rend toujours leur musique aussi joyeusement indescriptible. Bref, chapeau bas à Cheveu.

>>> Cheveu, 'BUM', sortie le 4 février 2014, Born Bad Records


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