1980 - Ein Stück von Pina Bausch

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1980 - Ein Stück von Pina Bausch
© ulli weiss
1980

C’est un rendez-vous mythique. Un rituel théâtral. Saison après saison, le théâtre de la Ville propose depuis trente ans (et notamment grâce à l’œil avant-gardiste de Gérard Violette) une pièce de Pina Bausch. La dame de Wuppertal n’est plus, mais les places de ses spectacles s’arrachent toujours comme des petits pains.

 

Place du Châtelet, muni d’une petite pancarte découpée dans du carton, on trépigne, on attend, on guette. On espère que quelqu’un revendra sa place. Ceux qui ont déjà leur billet fendent la foule, les autres attendent les défections. A l’intérieur, on est plus serré que jamais. Sur la scène un large tapis d’émeraude recouvre le plateau, ça sent bon l’herbe coupée. Quelques retardataires s’installent essoufflés et maladroits et la lumière s’éteint enfin sur ‘1980 (neunzehnhundertachtzig), ein Stück von Pina Bausch’ (« 1980, une pièce de Pina Bausch »). Trois heures et demie de saynètes indépendantes autour d’un faon empaillé et d’une vieille télé cathodique. Créé après le décès de Rolf Borzik (scénographe et compagnon de Pina Bausch décédé à l’âge de 36 ans) en 1980, la pièce de la chorégraphe allemande ne s’embarrasse pas d’une dramaturgie linéaire mais se déploie tel un kaléidoscope de tableaux. Le spectateur est ainsi convié à un pique-nique bucolique où dix-neuf danseurs endimanchés s’enlacent et se frottent, jouent à se courir après, nous offrent du thé, dansent autour d’un jet d’eau… Une multitude de petites scènes qui se répondent parfois, qui se font face souvent et qui ensemble racontent petites et grandes misères de la vie. Témoignage éclaté des conventions sociales, le travail de Pina Bausch, malgré sa durée, ne souffre ni de longueurs ni de sa lenteur, mais aspire sa force de son langage corporel à la fois intense et précis, léger et dense.

De l’innocence des jeux d’enfants (cache-cache, colin-maillard) jusqu’au cérémonial grotesque des concours de beauté, Pina Bausch jalonne son ‘1980’ de moments disparates et souvent absurdes qui font l’humanité. Avec humour et délicatesse, les danseurs se content leurs cicatrices, s’avouent leurs peurs, échangent des souvenirs. Les adultes deviennent alors des enfants que l’on cajole avant de fesser, des êtres que l’on juge avant d’aimer, des corps que l’on finit par recouvrir d’un fin linceul blanc. De son théâtre dansé, ponctué de scènes de magie, d’exercices de barres parallèles et de solos de violon, on retient l’extrême pudeur des émotions autant que les paradoxes de la vie. De ceux qui font cohabiter les rires et les larmes, les espoirs et les tragédies. Une virtuosité dont seule Pina Bausch avait le secret, mais que sa compagnie perpétue avec excellence.

Par Elsa Pereira

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