Bad Little Bubble B

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Bad Little Bubble B
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Y a –t-il des sujets que l’on ne peut pas traiter en théâtre ? Laurent Bazin, de la compagnie Mesden, veut croire que non. L’année dernière, cet habitué du festival Summer of Loge (il y participe pour la troisième fois) s’est particulièrement fait remarquer avec 'Dysmopolis', fable fantastique sur la chirurgie plastique. A travers des mises en scène très visuelles, puisant à la fois dans le cinéma et la bande dessinée contemporaine, il tente ainsi d’importer sur les planches des questions a priori incompatibles avec le monde du théâtre.

Avec sa nouvelle création, 'Bad Little Bubble B', le metteur en scène s’est de nouveau frotté à un thème pour le moins clivant : la pornographie.

Dans vos créations, vous aimez fusionner les genres et les influences. Qu’est-ce que l’image, le cinéma, les comic books peuvent apporter au théâtre ?

Ils permettent de créer un décalage par rapport au sujet que l’on traite, de le subvertir. La BD est extrêmement précieuse pour tout ce qui relève de l’écriture de plateau, qui est une écriture plurielle, puisqu’il faut prendre en compte non seulement le verbe mais aussi le jeu des acteurs, le son, etc. C’est cet art de l’interaction dans la BD qui me permet de penser différemment le rapport entre le texte et l’image.

Comment avez-vous géré le thème imposé (lien et filiation) ?
 
(Rires.) Pour être honnête, je ne sais pas du tout encore comment la question va se poser. Je ne verrai le visage définitif du spectacle que le soir de la première. Mais bon, c’est tout l’enjeu de ce festival, de proposer des choses radicales et donc éventuellement ratées.
 
En quoi ce festival serait pour vous une prise de risque ?

C’est une prise de risque terrible, parce que la pornographie est un sujet délicat, qui appelle toujours un traitement moral, une forme de jugement. Tout le monde a un avis sur la question, mais j’aimerais faire en sorte que cette question ne soit pas résolue. J’aimerais qu’à travers un sujet aussi trivial, prosaïque que la pornographie, on puisse comprendre l’homme dans toute sa complexité, son rapport au pouvoir, à la tendresse. La façon dont les gens font l’amour, ça nous raconte toute leur vie.

Pour ce spectacle, vous parlez d’« ouvrir le grand bordel libérateur, philosophico-porno-mystique et musical » : en fait, vous êtes un peu le André Manoukian du théâtre ?

(Rires.) Je ne sais pas… Ce qui est sûr c’est que ce spectacle est une réaction par rapport à d’autres spectacles. On peut souvent avoir peur du jugement des professionnels et du public, avoir une attitude trop prudente par rapport à nos créations, alors même que notre métier est de prendre des risques : ce n’est pas très fécond. Alors oui, je peux choisir de mélanger pornographie et comédie musicale. Mais c’est à ça que sert le Summer of Loge : pour moi, c’est l’occasion de travailler contre et au-delà de la « bien-pensance », et pour les spectateurs c’est l’occasion de voir quelque chose d’irrévérencieux et d’irrespectueux. Est ce qu’on a le droit de péter sur scène, faire l’apologie de Chatroulette et des webcams ? Je ne sais pas. Mais ce que j’aimerais transmettre avec ce projet, c’est moins une parole dogmatique qu’une invitation à la liberté.

 

Par Anaïs Bordages

Publié :

Site Web de l'événement http://www.lalogeparis.fr/
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