Boesman et Léna

Théâtre
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Boesman et Léna
© Antonia Bozzi

Afrique du Sud, années 1960. Apartheid. Trois personnages, un lieu, une nuit. Avec cette pièce écrite en 1969, l'Afrikaner Athol Fugard, connu pour son opposition au régime, aborde ce pan de l'histoire à travers un angle très resserré. Du crépuscule à l'aube, nous suivons Boesman et Lena, couple de « bruns » (de métis) errant dans la caillasse après avoir été expulsés du bidonville où ils vivaient.  

Alors que la nuit tombe, Boesman (interprété par Christian Julien), homme usé et violent, focalise son attention sur la construction d'un abri. Lena (Nathalie Vairac), elle, parle sans cesse, frénétiquement. Elle a beau implorer Boesman de l'écouter, il ne montre aucune compassion. Lena jette donc son dévolu sur Outa, un vieux Bantou apparu dans la nuit. Faible, assoiffée, plus misérable encore que les deux héros, cette troisième figure cristallise les divergences du couple : alors qu'elle veut l'aider, lui le rejette en le qualifiant fielleusement de « nègre » et de « sauvage ». 

Outre la souffrance des populations noires constamment en proie à l'exclusion et aux humiliations, cette pièce adaptée par Philippe Adrien pointe les techniques de domination mises en place par les Blancs. Boesman apparaît en effet comme un pur produit du « diviser pour régner » : opprimé, il s'en prend à celui qui l'est plus encore que lui-même. Le personnage semble même s'être approprié la haine des Noirs. En témoigne une émouvante tirade, dans laquelle il approuve et justifie un discours le désignant lui-même comme « déchet ». 

On doit aux comédiens plusieurs monologues remarquables. On retient en particulier ce passage où Lena, complètement perdue, cherche à reconstituer la liste des villes qu'ils ont traversées. Ou encore ce monologue de Boesman, comparant à un animal le bulldozer qui a détruit leur maison. En dehors de ces moments forts, les dialogues et le scénario souffrent malheureusement d'une trop grande simplicité. Mais la mise en scène vivante et moderne du directeur du Théâtre de la Tempête vient combler ce manque. Clairement à l'aise entre ses propres murs, Philippe Adrien offre un décor envoutant : un sol rocailleux recouvrant tout le plancher, une cabane de bric et de broc construite au fil de la représentation, un feu de camp s'embrasant au rythme des fagots qu'on y jette. Projetées sur le grand mur bleu du fond, les lumières nous plongent dans cette nuit qui tombe, avance, varie. Mais qui n'en finit pas, comme le malheur de Boesman et Lena.

Par Lucile Roger Durieux

Publié :

Téléphone de l'événement 01 43 28 36 36
Site Web de l'événement http://www.la-tempete.fr
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