Cassé

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Cassé
Anne Nordmann

‘Cassé’, c’est d’abord l’histoire d’un duo. Celui formé par Christophe Rauck et Rémi de Vos, respectivement metteur en scène et auteur. Et la demande du premier au second de lui écrire une pièce. Une fable suffisamment comique et un brin dramatique sur le monde de l’entreprise. Une histoire du monde moderne avec ses syndicalistes énervés, ses patrons embourgeoisés et ses ouvriers stressés. ‘Cassé’ commence ainsi avec le verbe échauffé de Christine en boucle quand il s’agit de parler de Prodex et de son licenciement économique à sa bimbo de copine Cathy. Assommée par des grammes de calmants, elle reste malgré tout alerte quand il s’agit de surveiller la potentielle dépression de son apathique mari Frédéric. C’est ainsi que l’intrigue naît, d’un besoin de se soustraire au harcèlement moral en feignant d’y avoir succombé. Dans les plans machiavéliques de Christine, Frédéric simulera son suicide, et ensemble, ils toucheront l’argent de l’assurance vie pour enfin mettre un point final. Sauf que…

Dans un décor de salle à manger, Rémi de Vos réécrit le vaudeville à la sauce AAA. Un mari qui se planque entre les serpillères et les balais-brosses à chaque sonnerie de porte, un voisin qui laisse sa mère pourrir dans sa chambre pour encaisser sa pension : bienvenue dans le XXIe siècle où tous les moyens sont bons pour gratter quelques euros au père capitalisme. Furieusement d’actualité, la pièce raye le vernis sans vraiment créer le malaise, la faute à des personnages secondaires ubuesques, aux ressorts comiques bavards et à l’interprétation un poil trop appuyée. Dans l’idéal, on couperait quelques scènes superficielles ici et là en gardant la sève de la pièce : son franc-parler et sa dénonciation d’un système inhumain et (contrairement aux apparences) contre-productif.  En s’attaquant à la toute puissance du travail, Christophe Rauck se donne des airs de Laurent Cantet mais plonge tête baissée dans du Guitry. ‘Cassé’ reste malgré tout un moment de théâtre de qualité auquel on excusera ou non – selon l’humeur du jour – ses quelques maladresses.   

Par Elsa Pereira

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