Cette personne-là

Théâtre
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Cette personne-là

Après le succès de ses fameuses « siestes acoustiques » et dominicales (en compagnie du musicien Bastien Lallemant), la Loge propose avec 'Cette personne-là' une nouvelle expérience, plus radicale, d'horizontalité spectatorielle : allongé, le public se voit ici convié à une performance visant à définir et creuser l'espace d'un théâtre mental, brisant les habituelles attentes par son approche minimaliste et hypnotique. Plus concrètement, dans l'obscurité de la salle, 'Cette personne-là' se fonde sur un poème en prose versifiée, écrit par Morgane Lory – également ici metteur en scène – et psalmodié, scandé, chuchoté, haleté par un unique comédien (Julien Crépin), sur fond de drones électriques et d'oscillations lumineuses.
 
D'une audace formelle affirmée, 'Cette personne-là' tend à désamorcer, par la sobriété de son dispositif, l'idée même de représentation scénique : réduisant chacun des éléments constitutifs du théâtre à l'essentiel pour laisser plus libre cours à l'imaginaire méditatif du spectateur. Car c'est avant tout à sa propre psyché – vivace, hésitante, incertaine – que 'Cette personne-là' s'adresse. Jouant sur la subjectivité fluctuante, les mouvements intérieurs de chacun, le texte en appelle aux fantômes du passé, aux résurgences mnésiques, comme à l'immédiateté brute, immanente, de sa situation d'énonciation. Avançant par jeux de miroirs, spirales, anaphores, progressions cycliques, le texte semble parfois évoquer les « tropismes » de Nathalie Sarraute, le Resnais de 'Marienbad' ou certains thèmes de la psychanalyse, mais en conservant une voix personnelle, originale, qui réussit à se mettre en jeu en même temps qu'en retrait – laissant au spectateur le dernier mot de cette expérience psycho-sensitive, où sons, lumières et voix développent un climat onirique et une temporalité en suspens.
 
Au final, en un peu moins de 45 minutes, 'Cette personne-là' réussit le pari de couper chacun de son quotidien pour le renvoyer à lui-même, à son Moi et à ses possibles, se découvrant sous les traits d'un double méconnu. Evidemment, c'est assez exigeant, mais au final aussi trippant qu'une séance d'autoanalyse sauvage, où l'on aurait fumé plein de joints. En toute légalité et en beaucoup moins cher.​

Par Alexandre Prouvèze

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