Déshabillez mots

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Déshabillez mots
© Philippe Delacroix

Vous les avez sûrement déjà croisées dans un couloir du métro. Léonore Chaix sur votre droite, Flor Lurienne à sa gauche sur une affiche rose et noire devenue omniprésente dans le paysage parisien. Il faut bien dire qu’en quelques années, leur duo ‘Déshabillez-mots’ est devenu mythique. D’abord film-documentaire (‘Mots de passe’), puis émission de radio pendant deux ans sur France Inter, les chroniques de ces drôles de dames deviennent à l’aube de 2011 un spectacle en bonne et due forme. Une pièce de théâtre à part entière aujourd’hui publiée chez Flammarion.

Sur la scène des Trois baudets et maintenant au Studio des Champs-Elysées, ces Demoiselles de Rochefort du verbe s’amusent avec le vocabulaire, se moquent du lexique, font vivre la langue française en incarnant ses adjudants. Au cœur de leur texte une série de courts dialogues entre une journaliste et… un mot. Tour à tour, la colère, la virilité, la décision ou encore l’infidélité investissent le corps et la voix des comédiennes. Moue aguicheuse lorsque les pages viennent se tourner sur la légèreté, regard hébété quand il s’agit de l’onanisme et postures nonchalantes pour la paresse. Le duo tire de chaque vocable ses caractéristiques pour en dessiner un portrait tantôt psychologique tantôt philosophique mais toujours (ou presque) comique. On cite Blanchot par-ci, on invite Musset par-là. Truffées de jeux de mots et de métaphores, les interventions des deux comédiennes-auteures épinglent le langage avec ce qu’il faut d’espièglerie.

Evidemment, selon votre sensibilité certaines interprétations vous feront plus rire que d’autres. L’humour est fait de subjectivité, dirons-nous. Mais si le texte ne vole rien à la postérité, il y a de quoi rester sceptique côté mise en scène. Poses lascives sorties de nulle part, chorégraphies imprécises et jeux de jambes inutiles peuplent un plateau pourtant sobrement habillé… Visiblement sortir du carcan immobile de la radio n’est pas une mince affaire.      

 

Durée : 1H20

Par Elsa Pereira

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