Existence

Théâtre, Drame
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Existence

« Une violente simplicité », des mots qui pourraient décrire le travail de Christian Benedetti. Les deux propositions qu'il livre au Studio-Théâtre de la Comédie-Française sont d'une justesse implacable. De la consternante simplicité d'exécution de ces drames émane une pudeur radicale, d'une portée universelle. D'un côté la pénombre de l'existence, de l'autre l'éclat assassin de la plage de Lampedusa.

Deux tragédies contemporaines, exemples parmi tant d'autres de ce qui crible les journaux du monde entier dans la colonne « faits divers », ici rendues dans leur vérité crue comme pour en extraire le sens, si sens il y a.

'Existence' d'Edward Bond, jouée pour la première fois au Français mais déjà rôdée dès sa sortie chez Benedetti, au Théâtre-Studio d'Alfortville (dont Bond est auteur-associé depuis dix-sept ans), est un huis clos d'une extrême intensité. A la manière d'un long plan-séquence, le drame tient le public en haleine le temps d'une heure dont on ne ressort pas indemne.

Dans l'obscurité à peine entamée d'un fin rai de lumière, on entend les fracas d'un homme qui entre par effraction dans l'espace-appartement. X, jeune voleur – dont Benjamin Jungers traverse la destinée avec fièvre et résolution –, tombe sur Tom, l'occupant des lieux, étrangement assis dans le noir – habité par Gilles David absolument troublant –, et cette rencontre change irrévocablement sa perception et ses attentes. Que cherche-t-il ? Que ne peut-il trouver ? « Quelque chose qui te manquera (...) le reconnaîtrai quand je le verrai. » Le flot de paroles qui suit la pensée de X s'amplifie de façon exponentielle jusqu'au paroxysme. Du choc de la collision entre ces deux êtres, jaillissent les questions essentielles.

« On devrait mourir comme des enfants qui jouent. » Bond croit en l'innocence innée des êtres humains, ses pièces sont des défis. Il crée des situations extrêmes, dans lesquelles les acteurs sont contraints de puiser dans leur imaginaire pour trouver des réponses. Incitant le spectateur à regarder et à s'interroger sur les fondements de sa propre humanité.

L'auteur britannique bientôt nonagénaire signalait, lors d'une rencontre au Vieux Colombier, la troisième grande crise économique, sociale et morale qui affligeait notre société, rendant nécessaire l'émergence d'un nouveau théâtre, et envisageait Paris comme un terreau propice pour accueillir cette révolution. S'il y a encore du chemin à faire pour en arriver là, il est déjà de bon augure qu'une telle pièce soit montrée à la Comédie-Française.

Par Barbara Chossis

Téléphone de l'événement 01.44.58.98.58
Site Web de l'événement http://www.comedie-francaise.fr