Gloire aux endormis

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Gloire aux endormis
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Au théâtre, sachez-le, on n’est pas forcément installé au fond d’un fauteuil carmin à bailler aux corneilles en attendant que le rideau se lève ou tombe (au choix). Parfois, lorsque le metteur en scène est malin et intrépide, il nous soustrait à la langueur du siège et nous oblige à rester debout, ou pire, à déambuler dans la salle. La mise en scène de Denis Moreau est ainsi, faite d’autonomie dans les pas et de liberté dans le regard.

Pendant les premières minutes de son ‘Gloire aux endormis’, le spectateur-flâneur cherche dans l’obscurité le trajet dessiné par les éléments de la scénographie. De longs voiles suspendus, un projecteur qui crache quelques faisceaux lumineux, une poignée de chaises éparses, des feuilles de papier chiffonnées.

Certains resteront à la verticale, d’autres préfèreront se mettre en tailleur à même le béton. Aucune règle, si ce n’est celle de faire comme bon nous semble, indique le maître de cérémonie. On croirait presque que le metteur en scène a conçu son dispositif simplement pour garder ses spectateurs en éveil, actif dans leur lecture.
Imaginez un peu la pénible lutte contre le sommeil, quand dans la pénombre vous êtes bercés par des nappes musicales évanescentes (magnifique partition de Vincent Brugel). Et oui, si vous n’aviez pas été forcé à la déambulation, vous seriez certainement partis interroger votre inconscient. Mais voilà, ici, pas de fauteuil pour dormir, ni de scène délimitée, ni d’histoire linéaire à suivre.

Ne croyez pourtant pas que l’atmosphère onirique fait de ‘Gloire aux endormis’ une pièce soporifique. Au contraire. L’espace ouvert et les fragments de texte de Sigismund Dominikovitch offrent ensemble une aventure théâtrale hors norme. Selon ses envies, le spectateur peut ou non se rapprocher des points de lumière, s’attarder sur une perspective plutôt qu’une autre.

Certaines répliques raisonnent alors plus fort que d’autres. « Et dans l’air, le gel et les ombres qui vacillaient. Comme ici »  murmure une des deux comédiennes. A la fois spectateur et acteur, on cueille les images à mesure que l’on se déplace, les phrases selon l’endroit où l’on se pose. Les voix qui nous entourent nous bercent dans une poésie sonore et visuelle qui rend grâce à la superbe scénographie de Thibault Sinay. Alors si on ne comprend pas tout, qu’importe. L’ivresse commence avec la perte des repères. ‘Gloire aux endormis’ devient alors un voyage sensoriel où l’on découvre à tâtons les mots d’un auteur méconnu.

Par Elsa Pereira

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