Gólgota picnic

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Gólgota picnic
(c) Davir Ruano
Golgota picnic

Rodrigo García n'est pas un metteur en scène ordinaire. D’ailleurs, les titres de ses spectacles ne le sont pas non plus, à commencer par le très provoquant 'C'est comme ça et me faites pas chier' présenté l'an dernier à Annecy. Excessif et polémique, son théâtre ne laisse pas indifférent. Parfois même, il énerve.

On croyait « L'affaire Castellucci » être un cas isolé (rappelez-vous en octobre dernier, le théâtre de la Ville était assiégé par les membres de Civitas). Force est de constater que le soulèvement anti-christianophobe a décidé de ne pas en rester là et c'est cette fois-ci autour du spectacle de l'Argentin que la foule se presse. Après avoir réveillé les foudres lors de son passage au théâtre Garonne de Toulouse, 'Gólgota picnic' débarque sur les Champs à grand renfort de CRS, fouille au corps et portiques de sécurité.

Il faudra donc montrer patte blanche, ouvrir son sac, vider ses poches, se prêter à une palpation et passer au détecteur de métaux avant de pouvoir pénétrer dans la salle Renaud-Barrault du Rond-Point. Sur les portes, des extraits du code pénal assurant à toute personne interrompant le spectacle une belle amende de 15 000 euros, sur le fronton du théâtre une affiche co-signée par la Ligue des droits de l’homme. Aux quatre coins de la salle, des agents de sécurité scrutent le moindre crucifix, Jean-Michel Ribes entre et sort, salue et serre des mains, la moindre quinte de toux entraîne quelques regards accusateurs, mais rien ne se passe, ni un cri, ni un soupir. Rien ne vient interrompre la pièce jusqu’aux applaudissements mous qui viennent clôturer le spectacle. Voilà pour le contexte de la représentation, mais que donne ce 'Gólgota picnic', alors ?

Alors, d’abord une première partie de l’extrême : saturation d’images, multiplication de phrases chocs (sur la chrétienté certes, mais aussi sur l’art, l’homme, la société) et autres foisonnements incontinents de scènes dérangeantes. Les comédiens de Rodrigo García deviennent des machines à choquer, vomissant des hamburgers en gros plan, exhibant leur anus, s’aspergeant de peinture rouge, filmant des vers de terre ou encore se recouvrant de lubrifiant avant de se battre nus sur la scène. Miam. Au milieu de ce chaos répugnant, le texte défile à toute allure sans que l’on ait vraiment le temps de digérer ni les symboles ni les propos. Vous avez des haut-le-cœur ? C’est normal, c’est voulu. Mais quiconque a déjà vu un spectacle de Rodrigo García comprendra que la réelle provocation du metteur en scène ne réside pas tant dans cette première partie, mais plutôt dans la seconde. Après avoir poussé un piano à queue sur les milliers de petits pains à hamburger qui tapissent le sol, les comédiens s’affalent, mutiques. Puis Marino Formenti foule la scène, s’installe –  parties génitales à l’air (évidemment…) – et commence son interprétation des ‘Sept Dernières Paroles du Christ sur la croix’ de Joseph Haydn. Certains s’endorment, d’autres inspectent les aiguilles de leur montre. Quarante-cinq minutes de piano comme pour adoucir l’indigestion précédente. Si Civitas crie au blasphème, nous, en revanche nous n’avons toujours pas compris où le metteur en scène voulait en venir.

 

Téléphone de l'événement 01.53.45.17.17
Site Web de l'événement http://billetterie.festival-automne.com
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