Je marche dans la nuit par un chemin mauvais

Théâtre
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Je marche dans la nuit par un chemin mauvais
© Ahmed Madani cie

Le lycée, ça me saoule, bosser chez McDo, ça me saoule, voir les potes, ça me saoule…. » Gus n’a pas envie de grand chose, encore moins d’aller passer trois mois à la campagne. Et pourtant, après une altercation musclée avec son père, l’ado est sommé de se rendre chez son papi, pour un petit séjour au vert. Une retraite qui lui fera, on s’en doute, le plus grand bien. Sous la plume d’Ahmed Madani – qui signe aussi la mise en scène – les affres de l’adolescence ont à la fois quelque chose de très anecdotique et d’absolument universel. Nomophobie, boulimie, hystérie : trois obsessions pubères poussées à l’extrême avec l’aide coopérative des hormones. Si la relation entre Gus et son grand-père commence assez mal, ponctuée de disputes et de fugues, elle se transforme petit à petit sous nos yeux, à la faveur de confidences autour d’un café goutte, d’une séance de pêche dans le noir, et de madeleines dérobées. Pour raconter cette histoire de générations, le metteur en scène a parié sur le talent de ses deux comédiens, Vincent Dedienne et Yves Graffey, sur les récits qu'il a entendus de la guerre d'Algérie et sur une scénographie minimaliste. Des éléments qui, combinés, élèvent la pièce du simple feuilleton familial en un récit subtil, sur le vivre-ensemble et le pardon. Gus et Pierre, en apprenant à s'apprivoiser l'un l'autre, nous parlent surtout d'humanité, et évoquent en filigrane tous ces conflits intérieurs avec elle. On apprécie le spectacle, parce qu'il nous fait rire des travers de chacun, parce qu'il nous rappelle à tous un morceau de notre adolescence. Mais ce qui nous fera rester jusqu'au bout, puis applaudir à tout rompre, c'est ce duo d'acteurs à la fois attachants et justes, même lorsqu'il faut parler des démons, même lorsque le ciel s'assombrit. Ahmed Madani réussit avec 'Je marche dans la nuit par un chemin mauvais' à nous faire redécouvrir notre maison d'enfance, à nous faire revivre ces moments où l’on regardait ensemble les photos d'antan, où l'on se rappelait des fantômes d'autrefois, ou parfois on se moquait du présent. Un spectacle qui sent bon l'odeur du grenier, en plein coeur de la Cartoucherie de Vincennes.

Par Elsa Pereira

Publié :

Téléphone de l'événement 01 43 28 36 36
Site Web de l'événement http://www.la-tempete.fr
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