King Kong Théorie

Théâtre
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King Kong Théorie
© François Berthier

Il y a ceux que Virginie Despentes irrite, et les autres. Ceux qui ont lu ‘King Kong Théorie’. « J'écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n'ont pas envie d'être protecteurs, ceux qui voudraient l'être mais ne savent pas s'y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l'idéal de la femme blanche séduisante qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu'il n'existe pas » écrit la sulfureuse Virginie Despentes, en ouverture de ‘King Kong Théorie’, essai féministe s’il en est. Un texte puissant et nécessaire qui découpe et analyse avec délice et âpreté les réflexes phallocrates de notre société. Un pamphlet sans allégeance certes, mais qui décrit avec suffisamment d’intelligence et de distance les mécanismes de la mode, notre rapport à la prostitution et au corps.

Après ‘La Femme gauchère’ au Rond-Point en 2013, la metteur en scène Vanessa Larié s’est entourée d’un trio de comédiennes aguerries : Anne Azoulay, Valérie De Dietrich et Barbara Schulz et d’un texte puissant. Ensemble et chacune à sa manière les comédiennes tantôt en jean-basket, tantôt en robe ultra-moulante, mettent en voix le texte acide de Despentes. Et pour afficher tout de suite la couleur, commencent par le récit d’un viol. Un quart d’heure de mise en scène austère, qui ne laisse aucune place à l’émotion. Le texte est dit, déclamé et illustré parfois maladroitement. On s’ennuie un peu, aussi, mais seulement au début. Il faut dire que la metteur en scène ne s’est absolument pas facilité la tâche en ouvrant son spectacle par ce qu’il y a de plus âpre et de plus incommode dans ‘King Kong théorie’. Mais si le spectacle a du mal à décoller, il ne manque ni d’humour, ni de créativité par la suite. C’est d’ailleurs quand Vanessa Larié se permet quelques incartades sarcastiques (avec des Barbies notamment) que les dialogues raisonnent le plus, et que le spectacle prend toute sa dimension.

Alors bien sûr, nous ne sommes pas obligés d’être d’accord avec la vision féministe pro-sexe de l’auteur, et on peut juger le ballet de fringues un peu stérile ; il reste que ‘King Kong Théorie’ est un très bon texte, servi dans un écrin (presque) à sa hauteur !

Par Elsa Pereira

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