La Dame aux camélias

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La Dame aux camélias
Alain Fonteray
La Dame aux camélias

 Frank Castorf, le fameux directeur de la Volksbühne berlinoise, avait déjà investi le plateau de l’Odéon l’an dernier en compagnie d’Alexandre Dumas. Il passe cette année du père au fils et de ‘Kean ou désordre et génie’ à ‘La Dame aux camélias’ en proposant une mise en scène corrosive de ce roman-phare. Côté pile, un décor aux allures de bidonville : toit en tôle, poulailler, antenne parabolique et latrines de fortune. Côté face, les néons roses d’un sex club aux murs transparents. Et dans ce décor sophistiqué, épinglés par un panneau publicitaire, Berlusconi et Kadhafi se serrant la main. Pas de doute, le monde de Castorf est sens dessus dessous, étouffé par le sexe et le pouvoir, écrasé par la mort et la révolution. « Un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange » pour reprendre le vers de Musset dans ‘On ne badine pas avec l’amour’.

 

Loin du mythe amoureux tragiquement guimauve, le metteur en scène allemand s’attache à démanteler les dimensions sociales cachées en filigrane dans le texte, à en extraire la violence crue. Et pour ce faire, il use et abuse des mots et des symboles, mettant en scène des acteurs tout en chair et en sang s’abreuvant de sexe, déféquant et vomissant leur misère. Tout est prétexte à l’obscénité cathartique chez Castorf, jusqu’aux cris de douleur de Marguerite se transformant en un long orgasme agonisant.

Friand d’intertextualité, l’Allemand parsème son travail d’autres œuvres : sa ‘Dame aux camélias’ est ainsi ponctuée ici et là de phrases du roman érotico-subversif ‘Histoire de l’œil’ de Georges Bataille, et s’appuie en outre sur la trame de ‘La Mission’ de Heiner Müller. Debuisson, Galloudec et Sasportas viennent alors donner la réplique à Marguerite et Armand.

 On ne va pas vous mentir, il y a beaucoup de bruit et de fureur chez Castorf et sa Dame aux camélias à des années-lumière du drame de Dumas s’étire en longueur (trois heures quarante-cinq tout de même) et en douleur.  Reste que malgré l’abrasivité du spectacle, certaines images sont d’une puissance incroyable. Balibar fumant en robe à fleurs le regard perdu sur "Ne m’appelez plus jamais France" de Michel Sardou reste un moment de théâtre comme il y en a peu. A vous de voir si ces moments de lyrisme pur vous motiveront à subir le reste.

Par Elsa Pereira

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