La Petite

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La Petite  (© Elisabeth Carecchio)
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© Elisabeth Carecchio
La Petite (© Elisabeth Carecchio)
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© Elisabeth Carecchio
La Petite (© Elisabeth Carecchio)
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© Elisabeth Carecchio

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Il faut bien l’avouer, le théâtre contemporain prend parfois l’allure d’un épisode des ‘Shadocks’. Prenons par exemple ‘La Petite’, nouvelle œuvre d’Anna Nozière (auteur et metteur en scène), jouée en ce début septembre à la Colline. L’histoire de Jennyfer, alias « la Petite », dont la mère est morte en la mettant au monde. Jusqu’ici tout va bien mais pour le reste du récit, il va falloir s’accrocher : adulte, la Petite tombe à son tour enceinte, mais le drame est cette fois différent ; l’enfant arrête de se développer dans son ventre tout en restant en bonne santé… Vous suivez ? Elle continue donc de le porter et de jouer en même temps, longtemps (très longtemps !), du fait de l’attraction qu’elle représente d’un point de vue scientifique : elle devient une bête de foire. Pendant tout ce temps, le fantôme de sa mère continue de la hanter, et les situations de se compliquer. Allez, prenez donc une aspirine.
Avec un peu de bienveillance, on pourrait presque qualifier la pièce d’Anna Nozière d’adaptation théâtrale de ‘La Route des Flandres’ de Claude Simon. Une temporalité floue et une mémoire mise à nue, dans tout ce qu’elle a de désordonnée et d’obscure. Des mérites littéraires attribués peut-être un peu vite.
Côté scénographie, c’est l’épure qui règne : un lit à roulettes et quelques chaises, un mur, une porte et une fenêtre. La mise en scène est, quant à elle, beaucoup moins minimaliste que le décor dans lequel elle prend vie. Dans la pièce de théâtre à laquelle nous, spectateurs, assistons, s’entremêlent des bouts de la pièce de théâtre que la Petite continue de jouer pendant sa longue grossesse, avec des rêves ou délires (on ne sait pas trop) dans lesquels apparaît le fantôme de sa mère. Bref, les mises en abyme s’enchaînent jusqu’à nous dégoûter d’un procédé qu’on apprécie d’ordinaire. Si elles réussissent, à deux reprises, à nous faire rire, elles sont néanmoins trop nombreuses et donnent à la pièce une impression de confusion générale. On en ressort en effet perdus, et incapables de saisir totalement le sens de l’histoire. Une heure et trente minutes passent – elles en paraissent le double – et le spectacle s’achève de façon tout aussi caricaturalement contemporaine : une femme nue, une danse étrange, des sauts, des simulations de folie. Mais restons honnêtes, si les comédiens sont talentueux, les ruptures comiques très efficaces, et l’autodérision réaliste, c’est loin d’être suffisant.

Par Pia Bou Acar

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Site Web de l'événement http://colline.fr/en/node/6212