La Religieuse

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La Religieuse
© Emmanuel Rioufol
La Religieuse

En 1967, l’adaptation cinématographique de ‘La Religieuse’ par Jacques Rivette avait provoqué une levée de boucliers des autorités religieuses, alors soutenues par le ministère de la Culture qui n’hésita pas à en interdire la distribution et l’exploitation. Dans le même ordre d’idées, la récente agression de Jean-Michel Ribes par deux intégristes catholiques à Nancy (suite à la programmation au théâtre du Rond-Point de ‘Golgota Picnic’) a de quoi inquiéter et prouve que le sujet reste sensible. Si la mise en scène d’Anne Théron ne semble pas attirer des hordes de dévots énervés (faute de provocation vaine et de matraquage médiatique ?), elle questionne intelligemment le texte de Diderot et ses échos contemporains.

Son interprétation du personnage de Suzanne Simonin, bâtarde envoyée au couvent pour expier le péché de sa mère, déborde en effet du cadre purement religieux pour en faire une figure de l’aliénation ; Suzanne est une jeune femme qui ne s’appartient pas et n’a rien à attendre de la vie, créature née pour rien ni personne, à part peut-être le bon plaisir d’un Dieu prenant la chair et le sang pour de la pâte à modeler – avant d’annuler toute forme et de ranger son jouet. Que l’on soit croyant ou non, sa condition nous rappelle forcément à la nôtre, d’autant qu’Anne Théron insiste particulièrement sur la claustration et le rapport au pouvoir.

Une simple toile tendue, tantôt enserrant dans ses plis tantôt libérant dans des volumes, rend visible les humeurs du corps compassé et nerveux de Marie-Laure Crochant. La comédienne entre rapidement dans une transe, traversée par le texte et cette langue du XVIIIe proche et lointaine à la fois. Un seul en scène, donc, qui parvient à nous entraîner irrésistiblement vers les tréfonds d’une âme, aidé d’une voix-off et de quelques extraits musicaux plus ("I’ll Be Your Mirror" du Velvet) ou moins ("Working Class Hero" de Lennon) bien sentis. Malgré quelques défauts – comme le recours redondant à des mouvements de qi gong pour signifier le bien-être, une voix-off appuyant le texte maladroitement parfois –, la performance reste impressionnante, l’énergie passe et un dialogue se crée jusque dans les silences. La mise en scène créée en 2004 garde toute sa fraîcheur, l’impact sur le spectateur n’en est que plus fort.

Par Nicolas Hecht

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