Lampedusa Beach

Théâtre, Théâtre contemporain
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Lampedusa Beach

« Une violente simplicité », des mots qui pourraient décrire le travail de Christian Benedetti. Les deux propositions qu'il livre au Studio-Théâtre de la Comédie-Française sont d'une justesse implacable. De la consternante simplicité d'exécution de ces drames émane une pudeur radicale, d'une portée universelle. D'un côté la pénombre de l'existence, de l'autre l'éclat assassin de la plage de Lampedusa.

Deux tragédies contemporaines, exemples parmi tant d'autres de ce qui crible les journaux du monde entier dans la colonne « faits divers », ici rendues dans leur vérité crue comme pour en extraire le sens, si sens il y a.

A contrario du sombre 'Existence', 'Lampedusa Beach' s'opère dans une salle entièrement éclairée. Céline Samie – en alternance avec Jennifer Decker – entre, sans venir sur scène (elle restera d'ailleurs en bord de scène un très long moment, « s'asseyant » sur le plateau uniquement vers la fin). Prononce un ou deux mots du texte puis se reprend : « Non ce n'est pas ça, je suis Céline, comédienne. Avec Benedetti, on a cherché comment représenter l'insoutenable. » Ses mots, à peu de choses près. Il s'agira donc d'une « mise à disposition » du texte, plutôt que d'une représentation. Certains passages, répétés par une autre actrice à travers les enregistrements d'un magnétophone, attestent de cette distance volontaire.

A travers ce texte politique et littéraire, c'est l'auteure italienne Lina Prosa qui s'exprime sur le désastre des naufragés clandestins dont les barques s'échouent lamentablement sur les rivages de Lampedusa, dans le sud de l'Italie. Il relate l'histoire de ces milliers de personnes venues d'Afrique en quête de conditions de vie humaines, en proie à des situations d'une extrême violence, et pour beaucoup morts noyés sur le chemin de ce qu'ils pensaient être leur salut. Le son [f] d'« africaine » se heurte avec le [k] de « capitalisme ». Car c'est aussi l'histoire de Shauba, l'Africaine qui quitte un continent pour un autre. A chacun sa carte postale... C'est le récit de sa noyade, ses pensées tandis qu'elle s'enfonce dans l'eau, son tombeau, mais : « la mer est innocente ».

Une mise en scène très sobre, voire carrément minimaliste, et un jeu tout en retenue et intense qui font de cette pièce un objet dramatique d'une puissance incontestable.

Par Barbara Chossis

Téléphone de l'événement 01.44.58.98.58
Site Web de l'événement http://www.comedie-francaise.fr