Le Costume

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Le Costume
© Pascal Victor

Sur le papier, la nouvelle de Can Themba a tout du vaudeville. Sur le papier, ‘Le Costume’ a tout d’une histoire d’adultère ordinaire, et pourtant, il n’en est rien. Après avoir entendu des ragots, un homme amoureux rentre plus tôt chez lui et surprend sa femme dans les bras d’un autre. Adaptée au théâtre par Peter Brook, Marie-Hélène Estienne et Franck Krawczyk, l’histoire de Matilda et Philémon sous fond d’apartheid réussit l’extraordinaire pari de faire rire et d’émouvoir en moins d’une heure dix.

20h30. Devant le théâtre des Bouffes du Nord, les spectateurs de Kery James fument encore leur clope, pendant que d’autres, venus applaudir Peter Brook, se pressent pour entrer dans l’une des plus belles salles de la capitale. Magnifique certes, mais inconfortable. Certains s’assoient sur des petits cousins en front de scène, d’autres coquettement en corbeille. Tous auront le droit ce soir aux sourires de Jared McNeill, à la voix enchanteresse de Nonhlanhla Kheswa, autant qu’aux pas de danse de William Nadylam.

21h. Un air d’accordéon s’envole, mélancolique, vers le poulailler puis des musiciens s’installent dans un coin du plateau. Installé sur une chaise de couleur : le costume nous regarde du coin de l’œil. Et l’histoire commence, la passion de Philémon, l’insatisfaction de Tilly, et ce costume oublié dans la fuite, source ultime d’humiliation et de souffrance.

Dans une Sophiatown déchirée par l’apartheid, le spectateur assiste alors à la décomposition d’un couple. Et c’est comme si, entre ces quelques chaises et portants sur roulettes, la petite histoire répondait à la grande. Une économie de moyens scéniques qui rend grâce à l’énorme talent des comédiens. Alors qu’il est plutôt de mise au théâtre (et encore plus côté contemporain) de dépouiller le jeu d’acteur, ici la gamme des émotions est exploitée sans crainte mais avec délicatesse et justesse. Des bibis sur la tête des musiciens et les voilà transformés en dames, quelques jeux de mimes et voilà apparaître devant nous toute une panoplie d’accessoires pourtant invisibles. On rit de la bonhommie avec laquelle Jared McNeill nous invite à découvrir le couple et le contexte de Johannesburg et notre gorge se serre quand Nonhlanhla Kheswa entonne de sa voix chaude le magnifique ‘Strange Fruit’ de Billie Holiday « Blood on the leaves / Blood at the root / Black bodies swinging in the southern breeze / Strange fruit hanging from the poplar trees ». Emporté par l’histoire de Philémon et Matilda, ébloui par cette mise en scène qui mêle humour et blessures de cœur, théâtre et musique, on en oublierait presque que le spectacle est en anglais surtitré !

Par Elsa Pereira

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