Le Dindon

Théâtre
  • 4 sur 5 étoiles
0 J'aime
Epingler
Le Dindon
Antonia Bozzi

Sur scène, un plateau tournant, un homme qui court après une femme, des portes mouvantes, qu’ils ouvrent et referment sur leur passage. On est tout de suite embarqué dans un tourbillon fantaisiste qui nous rappelle l’univers déformé d’'Alice au pays des merveilles'. Mais surtout dans un pas de course, qui annonce la rythmique envolée de ce ‘Dindon’ de Feydeau. Un vaudeville à cent à l’heure, où les portes claquent à mesure que les personnages entrent, sortent, se cachent et se surprennent. Un imbroglio, avant tout amoureux, qui se nourrit de badinages, de tromperies et bien sûr de marivaudage. Car dans cette pièce, l’une des plus connues du répertoire français, les mondanités et les faux-semblants règnent en maîtres alors que chacun cherche désespérément à connaître la vérité : qui est le vrai dindon de la farce ? Le mari qui fait les yeux doux à sa femme, les deux hommes qui rêvent de la lui voler, ou ces femmes qui se lient contre eux et veulent les piéger dans leur infidélité ?

Finalement, chez Feydeau, ce n’est pas la vérité qui semble être le dessein principal mais plutôt la manière d’y arriver. Et si les comédies de boulevard ont la côte en ce moment, c’est parce qu’elles ont justement fait le choix de prendre la tangente de nos travers les plus douteux et de considérer le rire comme atout de séduction principal. Mais si ce 'Dindon'-là séduit autant (4 nominations aux Molières en 2011 quand même), c’est aussi pour ses choix de mise en scène, signée Philippe Adrien. Il fallait oser bousculer Feydeau et pousser encore plus loin le comique des situations et des personnages ! Ici, la comédie jouit de sa liberté et s’autorise tout : un kamaté de l’amant pour séduire sa belle, un énième hommage à Lewis Carroll avec cet homme déguisé en lapin qui dévore sa carotte dans un jeu de lumière psychédélique, des drôles d’accents mélangeant les intonations marseillaises et anglaises et ces femmes hystériques qui crient et se frottent sur le sol. Une énergie portée haut la main par des comédiens en grande forme qui ont réussi à créer, au-delà du rire, une belle complicité scénique.